La série The Witcher, saison 1 : plus de peur que de mal !

Bonjour à tous !

Peut-être avez-vous, par le plus grand des hasards, entendu parler du phénomène The Witcher, qu’il s’agisse des livres (le Sorceleur, en français, par l’auteur polonais Andrzej Sapkowski), ou des jeux vidéos (The Witcher 3 : The Wild Hunt est, disons, plutôt apprécié).

C’est avec une joie mêlée d’appréhension que nous avons pu apprendre que The Witcher allait être adapté en série. Joie, naturellement, de pouvoir (re)découvrir notre joyeux Geralt de Riv et l’univers développé par Andrzej Sapkowski. Appréhension, aussi, de voir ledit univers ruiné par Netflix et des américains ne comprenant rien à rien, et salopant le travail aussi bien de l’auteur que de CD Projekt Red. Quiconque ayant vu le Death Note produit par Netflix ne peut que comprendre la peur ayant saisi le coeur du pauvre internaute désemparé.

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Le jeu de rôles, antichambre du meurtre, des suicides et du satanisme?

Bonjour à tous !

Derrière ce titre un peu provocateur, il ne faut y voir que mon côté taquin. Vous le savez peut-être, mais le jeu de rôle a rencontré quelques détracteurs au cours de ses quatre décennies d’histoire. L’idée de ressasser les vieilles injustices ne me plaît guère ; mais je trouve fascinant ce que j’ai pu trouver, en ce qu’il y a un décalage immense (de mon expérience) entre des accusations délirantes -largement reprises par la presse- et la réalité de ce qu’est le jeu de rôle.

Vous verrez, c’est rétrospectivement hallucinant. Et cela devrait servir à chacun d’avertissement : faire preuve de prudence, se méfier des rumeurs, ne pas s’indigner ou accuser sans preuves.

Un exemple, en guise de hors-d’oeuvre avant d’entrer dans le coeur du sujet.  Le tabloïd américain New York Post, écrivait le 12 décembre 2000 à l’occasion de la sortie d’un film (nul) intitulé Dungeons & Dragons, que le jeu de rôle Dungeons & Dragons était, je cite (en traduisant) :

Un jeu de rôle où les participants incarnent une variété de personnages -du magicien au troll, du voleur au guerrier-. Et, selon les règles du jeu, ils peuvent « mourir ».

Il n’y aucun plateau, ou pièces, simplement des manuels de jeu et l’imagination du joueur.

Les participants agissent selon une litanie de scénarios, qui incluent la sorcellerie, le cannibalisme, la torture et une multitude d’actes révoltants alors qu’ils essaient d’accomplir leur mission.

Cela vous permet d’entrapercevoir ce dont il va être question dans la suite : une couverture médiatique que l’on peut qualifier, je pense, de légèrement négative.

Je le répète, il ne s’agit pas de se victimiser pour des représentations passées, aussi injustes aient-elles pu être, de mon loisir favori. Le jeu de rôle a un succès grandissant, en partie grâce à l’Actual Play dont Critical Role est l’exemple le plus connu, à tel point qu’on trouve des articles élogieux sur ce loisir dans des journaux nationaux comme le Figaro (je cite cet article à dessein, vous allez le voir).

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Dungeons & Dragons 5 : le jeu de rôle le plus connu, de retour en force !

Bonjour à tous !

Vous connaissez très certainement Dungeons & Dragons. Si vous n’êtes pas un adepte, vous avez, en tout état de cause, déjà dû entendre ce nom quelque part, sans nécessairement que vous parveniez à saisir ce dont il s’agit.

Je vais essayer d’y remédier, à mon modeste niveau, en vous présentant ce que je sais de ce jeu de rôle cher à mon coeur. Une petite parenthèse, d’ailleurs : j’ai passé une quinzaine d’années à parcourir les univers imaginaires proposés par Dungeons & Dragons (D&D), d’abord grâce aux jeux Baldur’s Gate ou Planescape Torment, ensuite parce que j’ai eu l’honneur et la chance d’animer un module sur Neverwinter Nights (un jeu important, à mes yeux, et pas qu’aux miens puisqu’un Fabien Cerutti, auteur du Bâtard de Kosigan, confesse son amour de ce jeu), enfin parce que j’ai, depuis quelques années, la joie d’être Maître du Jeu et d’initier des joueurs à mon loisir favori.

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Première de couverture de la campagne Waterdeep : Dungeon of the Mad Mage. Retenez cette image.

Pour les néophytes les plus complets, permettez-moi de répondre à une possible interrogation immédiatement : un jeu de rôle est une activité vous permettant d’incarner un personnage, et de partager un moment convivial autour d’une narration co-construite. L’univers de jeu importe peu : ce peut être du médiéval-fantastique, du futuriste (par exemple, Eclipse Phase), du cyberpunk (je suis contraint de citer Shadowrun), voire des trucs plus étranges du type science-fantasy (Coucou Numenéra) !
De mon expérience, il y a des choix à faire, des dialogues à improviser, de la grandeur, de la décadence, des pizzas, des bières, des amis, et pas mal de rires.

C’est un outil formidable pour raconter des histoires entre amis.

Ceci étant posé, plongeons dans le sujet du billet !

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Critical Role, l’émission Youtube JdR de tous les records

Bonjour à tous,

En attendant de finaliser mes articles de fond, je vous propose une petite parenthèse jeu de rôle et culture youtubesque (!) en vous partageant ma découverte d’une émission sur Youtube qui a captivé mon attention, si ce n’est mon intérêt. J’ai déjà évoqué ce nom, si vous me suivez régulièrement, dans mon article où j’évoquais Pillars of Eternity 2: Deadfire.

Imaginez, une émission de quatre heures en moyenne, avec des gens assis autour d’une table, qui discutent et interprètent des rôles en jouant à Dungeons & Dragons.

Imaginez que cette émission est suivie par des centaines de milliers de personnes, si ce n’est plus d’un million, et ce chaque semaine, depuis années.

Imaginez qu’ils organisent des événements dans des théâtres, où ils s’assoient autour d’une table, et jouent une partie publique de jeu de rôle, devant des milliers de personnes venus faire le déplacement afin de les regarder faire pendant des heures.

Imaginez, enfin, que le concept est si populaire que l’éditeur français Black Book Editions a lancé une campagne de financement participative pour l’importer en France.

Tout ceci a l’air impossible : Dungeons & Dragons est un truc de nerd, et personne ne perdrait quatre heures de sa vie, a fortiori chaque semaine, devant une émission sur Youtube -surtout sans effets spéciaux, sur un plan fixe, où on regarde simplement des gens jouer-.

Critical Role, pourtant, l’a fait. Je vous propose d’en découvrir plus dans cet article, si vous n’avez pas la chance de les connaître. La chance : le terme semble un peu fort. Et pourtant, je pense qu’il est adéquat : cela signifie que vous aurez le plaisir de la découverte.

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Le RPG occidental à l’ancienne : un renouveau qui fait plaisir.

Bonjour à tous.

Wasteland, Fallout, Baldur’s Gate, Planescape Torment, Icewind Dale sont des noms qui ne vous sont peut-être pas inconnus. Je l’espère, pour vous. En effet, ces jeux comptent parmi les références en matière de RPG (Role-Playing Game) à l’occidental.

Petite précision pour les non-initiés : le RPG à l’occidental a pour principale caractéristique l’importance donnée aux choix des joueurs, aux dialogues et aux interactions avec les personnages non-joueurs (PNJ) et l’environnement. Il est à distinguer du RPG japonais, pour des raisons d’esthétiques mais surtout de mécaniques de jeux.

Le RPG occidental à l’ancienne utilisait une vue objective en perspective isométrique, permettant de donner une impression de relief tout en ménageant des ordinateurs alors peu puissants.

La 3D isométrique devint vite hégémonique dans le secteur des RPG occidentaux, la 3D « véritable » était alors secondaire et cantonnée à certains titres (The Elder Scrolls : Arena, par exemple).

Avec l’augmentation en puissance des machines et le développement de moteurs graphiques plus performants, cette perspective isométrique devint obsolète. Les RPG à l’occidental abandonnèrent la 3D isométrique pour se convertir à la 3D « véritable », alors balbutiante.

La situation est aujourd’hui inversée : Mass Effect, Skyrim, Fallout New Vegas, Fallout IV, The Witcher 3, les titres de RPG à l’occidental sont de plus en plus beaux, de plus en plus époustouflants graphiquement.

Mais cette ère de domination absolue de la 3D touche désormais à sa fin par l’effet conjugué du développement du crowdfunding, l’essor des jeux indépendants et la fin de la course au graphisme.

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L’Homme qui mit fin à l’histoire, de Ken Liu : un livre que l’on n’oublie pas.

Bonjour à tous !

Ken Liu. Un auteur qui n’est, certes, pas forcément connu du grand public (francophone), mais qui rencontre un succès grandissant parmi les passionnés des littératures de l’imaginaire.

Voyons rapidement son parcours d’écrivain : auteur américain, d’origine chinoise, il commence sa carrière d’écrivain en 2002, et « explose » au tournant des années 2010 avec un prix Nebula, un prix Hugo, un prix World Fantasy et un prix Locus pour la Ménagerie de Papier en 2012, puis des prix réguliers (et son lot de nomination) depuis lors. 

Passons à l’éditeur, qu’on ne présente plus, et à la collection, désormais bien connue : respectivement le Bélial’ et Une Heure-Lumière. Une collection de qualité, globalement, et je ne fais pas durer le suspens plus longtemps : on a ici, à mon sens, un des meilleurs titres de la collection (que j’ai quasiment entièrement lue, je suis donc à peu près sûr de mon coup -hé oui, j’ai tenu ma promesse faite en 2018 de lire cette collection, je n’ai « simplement » pas fait les chroniques afférentes !…-).

Enfin, clôturons cette introduction avec un mot sur la couverture, que je trouve là encore sublime. L’illustration, signée Aurélien Police, n’y est sans doute pas pour rien.
Plus que de longs discours pour en vanter les qualités esthétiques, je vous laisse en juger vous-mêmes :

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C’est beau, hein?

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Eclipse Phase : un Jeu de Rôle futuriste, transhumaniste et incroyablement complet.

Bonjour à tous !

Désolé pour ce long silence. Des problèmes de santé, alliés à des problèmes familiaux, m’ont fait réévaluer un temps mes priorités. Mon blog en a, de ce fait, souffert. J’essaie de réparer, aujourd’hui, un peu de mon retard.

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas évoqué le Jeu de Rôle. Il me faut réparer cet oubli. Et comment mieux le réparer qu’en évoquant une belle découverte, que je dois à une patate des ténèbres : Eclipse Phase.

Ton esprit est un logiciel. Programme-le.
Ton corps est une coquille. Change-le.
La mort est une maladie. Soigne-la.
L’extinction approche. Affronte-la

Ce Jeu de Rôle est exigeant.  Il s’inscrit dans un univers futuriste, mélange de SF d’anticipation, de Space Opera, de Cyberpunk, je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit avant tout d’une SF transhumaniste à tendance dystopique. Ce jeu, publié par Posthuman Studios, et traduit en français par Black Book Editions, est un coup de coeur.

Le présent article s’appuie sur ma lecture, en anglais, du livre de base, et des suppléments suivants :

  • Panopticon ;
  • Transhuman ;
  • Sunward ;
  • Rimward ;
  • Gatecrashing.

Il me manque deux suppléments de contexte, Firewall et X-Risks.

Mais déjà, ce que je me propose de faire est beaucoup trop ambitieux, pour ainsi dire impossible : comment résumer en quelques centaines de mots l’univers d’Eclipse Phase? Les connaisseurs, j’en suis sûr, acquiescent en me lisant : Eclipse Phase est un jeu exigeant, mais c’est surtout un jeu disposant d’un univers incroyablement riche, dense, profond (autant voire plus que Shadowrun, un jeu qui a eu quelques décennies pour développer son univers). Impossible, certes, mais je vais malgré tout essayer (en survolant : il me faudrait rédiger toute une série d’articles si je voulais exposer véritablement l’ensemble de l’univers proposé !).

Curieux d’en découvrir plus? C’est parti.

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Starfish, de Peter Watts : voyage dans les profondeurs.

Bonjour à tous,

Vous en avez marre de l’espace? Vous voulez explorer d’autres contrées, moins arpentées par nos pionniers des mondes imaginaires? J’ai peut-être ce qu’il vous faut dans ma besace.

Starfish est un roman de Peter Watts, un auteur que j’apprécie fortement -ce qui ne sera une surprise pour personne puisque je l’ai déjà évoqué dans mon article sur  Vision Aveugle ou sur le recueil de nouvelles Au-delà du Gouffre-. Il s’agit du premier roman de la trilogie Rifteurs.

Alors, Starfish, qu’est-ce que c’est? Niveau ambiance, c’est un mélange entre un thriller horrifique et un roman de hard-SF. Vous allez suivre Lenie Clarke, une demoiselle dépêchée au fond de l’Océan Pacifique pour assurer l’entretien d’une sorte de station électrique géothermale située sur le plancher océanique, à quelques 3000 mètres de profondeur.

Ici, vous trouverez des ténèbres éternelles. Une pression écrasante. Des créatures difformes, qui rôdent et attendent leur heure. La solitude, loin du tumulte de la surface.

Autre détail, qui n’est pas totalement anodin à mon sens : Starfish est, à ma connaissance, le premier roman publié de Peter Watts (en 1999, donc), roman qui est lui-même la prolongation d’une de ses premières nouvelles (une Niche, donc, que vous pouvez retrouver en français dans l’excellent recueil de nouvelles publié aux Editions Le Bélial’ : Au-delà du Gouffre).

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Editions Fleuve Noir, traduit en 2010 par Gilles Goullet.

Tenté? Parfait. C’est par ici.

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Au-delà du Gouffre, de Peter Watts : libre-arbitre, évolution et Hard-SF

Bonjour à tous !

Si vous me suivez régulièrement, vous savez certainement que j’aime Peter Watts. C’est un auteur dont j’apprécie les textes, et qui ne bénéficie pas (à mon sens) de la célébrité auquel il devrait avoir droit parmi les amoureux de la SF. La faute incombe, je dois l’admettre, à l’auteur lui-même : parfois abscons, il peut en rebuter plus d’un.

Mais le lecteur curieux, désireux de concilier son envie de découvrir un chouette auteur avec sa peur d’avoir une grosse migraine, pourra tirer un grand bénéfice du présent recueil de nouvelles. En effet,  Au-delà du Gouffre est un recueil de 16 nouvelles, écrites entre 1990 et 2014 par Peter Watts, éditée par les éditions Le Bélial’ (des gens de bon goût), qui vous propose seize histoires qui vont respecter votre intelligence tout en vous faisant voyager sans vous noyer de termes techniques et de jargon hermétique.

Avant d’entrer dans le vif de cet article, je tiens à ouvrir deux parenthèses.

La première est de rappeler un peu le parcours de Peter Watts : c’est un biologiste marin, docteur en zoologie et en écologie marine de l’université de Vancouver (il est canadien, et a semble-t-il rencontré des petits soucis avec les autorités américaines, comme me l’a appris la postface). On est donc sur un écrivain ayant une solide formation scientifique, formation scientifique qu’il met au service de ses histoires.

La seconde est de venir saluer la sublime couverture du recueil. C’est beau. J’adore. Je vous la met ci-dessous, voir si nous partageons les mêmes goûts esthétiques :

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On dit : merci Manchu ! Et merci à la personne des éditions le Bélial’ en charge des choix de couverture : je suis conquis !

A peine ouvertes, je referme ces parenthèses pour passer à la présentation de chaque nouvelle, réparties en cinq parties.

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Palimpseste de Charles Stross : bureaucratie, fin des temps et émerveillement.

Bonjour à tous !

Me voici de retour en ce mois de Juin, et je vous propose aujourd’hui de découvrir une novella passionnante de notre ami Charles Stross.

Un point rapide sur l’auteur, avant de plonger dans le vif du sujet : Charles Stross est un auteur britannique, né en 1964 et ayant entamé une carrière dans le domaine de l’informatique avant de plonger, véritablement, au tournant des années 2000, dans l’écriture.

Il s’agit d’une des principales figures de la hard-SF, et un représentant digne de la SF britannique. Mais, attention ! Ses oeuvres sont bien loin de se limiter à la seule hard-SF, et vous pourrez le voir s’aventurer dans l’horreur lovecraftienne cosmique ou les paradoxes temporels.

Je vous invite à consulter cet article de l’Epaule d’Orion si vous voulez plus d’informations sur le bonhomme (j’y ai notamment appris qu’il avait inventé les Slaads, les Githzerai et les Githyankis ! Je parle sans doute chinois pour la plupart d’entre vous, mais quiconque a eu une adolescence (ou plus) bercée par le Jeu de Rôles saura reconnaître, je pense, ce dont je parle).

Passons à l’oeuvre en elle-même :

On est sur de la novella, 150 pages à peine. Publication originale en 2009 ; prix Hugo en 2010 ; publiée, en France, en 2011 (oui, bon, c’est une actualité culturelle toute relative). C’est, à ma connaissance, un one-shot, qui n’a pas donné lieu à la moindre suite. Soyons honnêtes : il n’est pas bien noté. 3/5 sur Amazon, 2,8/5 sur Babelio, 6,1/10 sur SenCritique. Clairement, ce livre n’a pas soulevé l’enthousiasme des foules.

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Pourtant, moi, j’ai bien aimé ce livre. Je n’aime pas donner une note à mon ressenti, je trouve l’exercice périlleux. Mais, très clairement, je trouve qu’il mérite plus qu’un 6/10. Un 7,5/10 ne m’aurait pas paru usurpé, par exemple (ce n’est pas un chef d’oeuvre, mais ça reste un ouvrage de bonne facture).

Mais arrêtons de mettre la charrue avant les boeufs, et passons à la critique proprement dite (en quatre points, le troisième va vous étonner !… Je plaisante. Bref.).  Lire la suite