Le Google Lunar X Prize – le privé à l’assaut de la Lune !

La première course vers la Lune s’est terminée il y a cinquante années de cela, dans les années 1970. Depuis les missions Apollo et Luna, c’était un peu le calme plat du côté exploration lunaire.

Cette époque est terminée. Je l’évoquais déjà dans mon précédent article listant les missions relatives à l’exploration lunaire dans les prochaines années. En conclusion de cet article, je faisais référence au Google Lunar X Prize, une nouvelle compétition qui va trouver son dénouement final dans les prochains mois.

L’objet de cette compétition est simple : parvenir à démontrer qu’on peut explorer la Lune avec des capitaux essentiellement privés et à des coûts incroyablement bas en comparaison de ce qui se faisait jusque-là.

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Cette promesse, un peu folle, pourra-t-elle être tenue? C’est ce qu’on va voir.

Le Google Lunar X Prize, qu’est-ce que c’est?

Le Google Lunar X Prize (GLXP, pour plus de commodité) est une compétition qui a pour objet de mettre en concurrence des entrepreneurs, des ingénieurs et des innovateurs venus du monde entier afin de mettre au point des méthodes low-cost d’exploration spatiale.

Ce concours est une véritable course à la Lune qui concerne avant tout des entreprises privées. Ce concours est directement inspiré des grandes courses des premières années de l’aviation. L’un des prix les plus connus a été le prix Orteig, qu’un certain Charles Lindbergh remporta en 1927 en volant sans escale de New York à Paris. A l’époque, le prix n’était que de 25.000 dollars pour le premier qui réussirait l’exploit du vol intercontinental sans escale entre New York et Paris. Le but de ce concours? Stimuler l’innovation et la concurrence.

C’est un but que partage le GLXP : démontrer que des entreprises privées peuvent réussir l’exploit de poser un engin sur la Lune et de s’y déplacer. Mieux : prouver que c’est non seulement possible mais que cela pourrait même être rentable. Un pari audacieux, il faut l’admettre.

Les conditions de la victoire

Le prix principal est d’un montant de 20 millions de dollars pour le premier, et de 5 millions pour le second.

Pour pouvoir y prétendre, il faut être le premier à remplir les trois conditions suivantes :

  • Atterrir avec succès sur la surface lunaire ;
  • parcourir 500 mètres ;
  • transmettre une vidéo et des images en haute définition à la Terre.

Initialement, ces conditions devaient être remplies au 31 décembre 2017 ; exceptionnellement, la deadline a été repoussée jusqu’au 31 mars 2018 par une décision du 16 août 2017.

A noter la présence de prix complémentaires, à savoir :

  • 2 millions de dollars pour un parcours de plus de 5 kilomètres ;
  • 2 millions de dollars si le rover (ou son équivalent) survit et transmet des données pendant deux jours lunaires ;
  • 4 millions de dollars à l’équipe qui apportera la preuve de la présence d’eau sur la Lune.

Les équipes participantes

A ce stade, il ne reste plus que cinq équipes sélectionnées, équipes que j’ai déjà évoquées sur mon article relatif aux missions relatives à l’exploration lunaire et sur mon autre article relatif au New Space.

Voici les challengers :

Moon Express, une société américaine fondée par d’audacieux entrepreneurs. Leur but est clair : gagner le Google Lunar X Prize, et à terme démontrer qu’il est possible d’installer une industrie minière rentable sur la Lune. Bob Richards, fondateur et directeur de Moon Express, ne peut être plus clair :

Nous avons choisi d’aller sur la Lune parce que ce sera rentable !

Un bémol toutefois : naturellement, en l’état du marché, il me paraît impossible (pour le moment) que de telles entreprises puissent être rentables sans contrats publics. Toutefois, je pense que l’objectif reste la création d’un marché spatial privé viable et autonome.

Le projet de l’équipe Moon Express consiste à lancer un atterrisseur de près de 225 kilogrammes, nommé le MX-1E. Une stratégie audacieuse : rien n’indique, dans les règles du concours, qu’il faille un rover pour parcourir les 500 mètres exigés pour la victoire. Leur objectif est donc de lancer l’atterrisseur vers la Lune à la vitesse d’une balle, en utilisant du peroxyde d’hydrogène très concentré comme carburant principal. Des jambes très flexibles absorberont le choc (contrôlé grâce à des inverseurs de poussée). Une fois posé, le MX-1E utilisera le carburant restant pour…redécoller pour un grand bon d’au moins 500 mètres !

Cet atterrisseur est plutôt lourd, ce qui peut paraître surprenant au regard du budget estimé : 10 millions de dollars « seulement ».

 

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Le lanceur ne sera pas le fait d’une entreprise aguerrie mais d’une entreprise relativement nouvelle : Rocket Lab. Le lanceur sera propulsé à partir de la péninsule de Mahia, au Nord de la Nouvelle Zélande, un site qui n’a été ouvert qu’en septembre 2016.

Les tests n’ont commencé que cette année. A noter que Rocket Lab a fait décoller son lanceur, Electron, pour la première fois en mai 2017, avec un succès mitigé. Le calendrier risque donc d’être serré, et le doute est permis.

Synergy Moon, qui dirige une coalition dans laquelle vous pouvez retrouver Independence-X Aerospace (équipe malaisienne, qui pourrait être la première à envoyer un engin malaisien dans l’espace), la Team Omega Envoy (des USA), SpaceMETA (du Brésil), Team Stellar (de la Croatie).

La principale société de la coalition hétéroclite qu’est Synergy Moon se nomme Interorbital Systems. Randa Relich Milliron, la cofondatrice et PDG de la société, veut en faire le prestataire de lancement le moins onéreux de l’industrie spatiale commerciale. Ils veulent être des révolutionnaires, capables de démontrer que l’on peut faire des choses jugées impossibles à des coûts radicalement bas.

L’idée est d’utiliser des composants disponibles dans le commerce. Leur ambition est grande : non seulement ils vont concevoir leur robot jetable en recyclant un robot du commerce, mais en outre ils comptent bricoler eux-mêmes leur fusée, là où tous leurs concurrents se reposent sur des lanceurs venus de sociétés spécialisées.

Leur rover, surnommé Tesla, a été conçu à partir d’un robot de surveillance militaire disponible dans le commerce. Il pèse 700 grammes, n’a qu’une caméra, une antenne Wi-Fi et une batterie au lithium rechargeable.

 

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Aucune idée du design final du rover Tesla. Mais ce serait amusant qu’il ressemble à ça (c’est un robot de surveillance militaire surnommé GroundBot).

L’atterrisseur, quant à lui, sera protégé par des coussins gonflables lors de son alunissage.

Leur lanceur, enfin, nommé Neptune 8, devrait être lancé à partir d’une barge au large de la Californie.

Tout ceci semble un peu trop fou pour être vrai. Je ne vous cache pas que ma curiosité est grande, et j’espère qu’ils réussiront à donner tort à la pointe de scepticisme que je ressens.

Ils ont un budget estimé à 15 millions de dollars, ce qui n’est pas rien et devrait permettre de nuancer le côté bricoleur que j’évoquais plus haut.

Hakuto, une équipe japonaise extrêmement motivée.
Le projet de l’équipe Hakuto prévoit le déploiement d’un rover nommé Sorato, disposant d’une carrosserie en fibre de carbone, d’un capteur 3D, et ne pesant en tout et pour tout que quatre kilogrammes.maxresdefaultTeamIndus et Hakuto se sont alliés ; ainsi, ils partageront tout deux le même lanceur PSLV (dont le départ, initialement prévu fin 2017, a été reporté). Hakuto partagera également l’alunisseur indien.

A noter que l’idée de l’équipe Hakuto ne s’arrête pas au Google Lunar X Prize, qui n’est qu’une vitrine publicitaire. Leur objectif est de renouveler les missions sur la Lune, en couplant Sorato avec un autre robot autonome à deux roues.

Leur idée : explorer les failles profondes, les tunnels de lave et autres endroits difficilement atteignables.  Une des figures de l’équipe Hakuto, nommée Takeshi Hakamada, est également le fondateur d’iSpace, une entreprise spatiale basée à Tokyo. Je vous invite à consulter leur site, qui décrit les trois phases de leur projet de façon limpide (outre les trois phases du projet, vous relèverez également qu’iSpace a signé un accord avec le Luxembourg dans le cadre de l’initiative luxembourgeoise de coopération spatiale, qui n’est que la suite logique de l’ambition du Luxembourg de devenir le principal pays pionnier de la nouvelle ère spatiale).

Le budget de l’équipe Hakuto est estimé à environ 10 millions de dollars, ce qui est bien moins que les budgets des équipes de TeamIndus ou SpaceIL (voir ci-dessous).

TeamIndus, une équipe indienne qui souhaite démontrer que l’impossible n’est pas indien.

Je vous cite un extrait du reportage mené par le magazine National Geographic d’août 2017, où des investisseurs sont interviewés pendant une présentation du projet par les ingénieurs de TeamIndus dans une salle de réunion de Bangalore :

A prominent Mumbai investor, Ashish Kacholia, who has put more than a million dollars into the firm, sat at the back of the room, transfixed by the discussion. […]

It’s thrilling, really,” Kacholia explained. “You’ve got these 25-, 28-year-olds up there defending their calculations, all their work, in front of a thousand years of the nation’s collective aerospace experience and wisdom.” His friend S. K. Jain, also a well-known Indian investor, nodded in vigorous agreement. “These kids are firing up the whole imagination of India,” he commented. “They’re saying to everyone, Nothing is impossible.

En français, cela donne :

Asish Kacholia, un éminent investisseur de Mumbaï ayant investi plus d’un million de dollars dans l’entreprise, est assis au fond de la salle, fasciné par la discussion […].

« C’est vraiment excitant » explique Kacholia, « ces jeunes de 25 à 28 ans défendent leurs calculs, l’ensemble de leur travail devant une expérience et une sagesse collective dans le domaine de l’aérospatiale de près de 1000 ans. »

Son ami, S.K. Kain, également un investisseur indien renommé, hoche vigoureusement de la tête : « ces gamins enflamment l’imagination de l’Inde. Ils nous disent à tous : rien n’est impossible ».

Le budget de TeamIndus semble être d’environ 65 millions de dollars. Il convient de comparer cette somme, certes non anodine, avec les coûts engagés dans les années 1960 pour accomplir l’exploit d’amener un homme sur la Lune : 4% du budget fédéral américain.

Atterrir sur la Lune n’est pas qu’une question de rentabilité (même si c’est l’objectif à moyen terme de l’équipe), c’est aussi une question de fierté nationale.

Leur rover (qui est le plus mignon de la compétition, à mon avis) pèsera 7,5 kilogrammes. Il est déjà conçu et semble a priori fonctionnel.

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Pour réussir à atteindre leurs objectifs, l’équipe TeamIndus compte utiliser un lanceur PSLV, le même lanceur que celui qui sera utilisé par l’équipe Hakuto. Ils sous-louent également leur atterrisseur à la même équipe, ce qui est une stratégie non prévue initialement par les créateurs du concours -mais qui ne pose pas de problèmes, chacun s’organise comme il l’entend pour atteindre l’objectif fixé-.

Le lancement du lanceur PSLV est fixé au 28 décembre 2017. Rendez-vous en décembre pour voir si la mission sera un succès ou non !

Space IL, une équipe israélienne qui ambitionne de créer pour Israël un moment Apollo.

Le dirigeant de SpaceIL, Eran Privman, a un CV des plus atypiques : ancien pilote de l’armée de l’air israélienne, doctorant en neuroscience et en informatique de l’Université de Tel Aviv, et responsable dans diverses entreprises high-tech israéliennes.

SpaceIL a une autre particularité : il semblerait que ce soit la seule organisation à but non lucratif de la compétition, les autres compétiteurs ayant tous pour objectif de démontrer la rentabilité de l’exploitation des ressources spatiales.Ils sont financés par deux milliardaires : Morris Kahn et Sheldon Adelson.

Leur objectif, outre le fait de gagner le prix, est avant tout d’inspirer une nouvelle génération d’israéliens à se lancer dans le domaine des sciences en général, et dans la science spatiale en particulier.Leur projet est un petit peu semblable à celui de Moon Express. En effet, ils n’auront pas de rover mais comptent utiliser leur atterrisseur pour rebondir sur la surface lunaire et parcourir la distance exigée par le concours. Leur atterrisseur devrait être particulièrement lourd avec le carburant, environ 500 kilogrammes.

Le budget estimé est également impressionnant : 70 millions de dollars, ce qui est plus que toutes les autres équipes.

SpaceIL

Quant au lanceur, ils se reposeront sur la fusée Falcon 9 de SpaceX, une valeur relativement sûre (par rapport à des approches plus risquées, comme celles de Moon Express ou de Synergy Moon).

Qui gagnera? Je ne saurais le dire (à supposer qu’il y ait un gagnant). En tout cas, je compte suivre de près la fin de la compétition.

 

Qui voulez-vous voir gagner? N’hésitez pas à me le dire dans les commentaires !

P.S : n’hésitez pas à acheter le National Geographic d’Août 2017, qui a un dossier très complet sur cette nouvelle course à la Lune, avec des photographies géniales (ils sont renommés pour la qualité de leurs photographies et, je dois le dire, c’est une renommée qui n’est pas usurpée).

 

 

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