Le RPG occidental à l’ancienne : un renouveau qui fait plaisir.

Bonjour à tous.

Wasteland, Fallout, Baldur’s Gate, Planescape Torment, Icewind Dale sont des noms qui ne vous sont peut-être pas inconnus. Je l’espère, pour vous. En effet, ces jeux comptent parmi les références en matière de RPG (Role-Playing Game) à l’occidental.

Petite précision pour les non-initiés : le RPG à l’occidental a pour principale caractéristique l’importance donnée aux choix des joueurs, aux dialogues et aux interactions avec les personnages non-joueurs (PNJ) et l’environnement. Il est à distinguer du RPG japonais, pour des raisons d’esthétiques mais surtout de mécaniques de jeux.

Le RPG occidental à l’ancienne utilisait une vue objective en perspective isométrique, permettant de donner une impression de relief tout en ménageant des ordinateurs alors peu puissants.

La 3D isométrique devint vite hégémonique dans le secteur des RPG occidentaux, la 3D « véritable » était alors secondaire et cantonnée à certains titres (The Elder Scrolls : Arena, par exemple).

Avec l’augmentation en puissance des machines et le développement de moteurs graphiques plus performants, cette perspective isométrique devint obsolète. Les RPG à l’occidental abandonnèrent la 3D isométrique pour se convertir à la 3D « véritable », alors balbutiante.

La situation est aujourd’hui inversée : Mass Effect, Skyrim, Fallout New Vegas, Fallout IV, The Witcher 3, les titres de RPG à l’occidental sont de plus en plus beaux, de plus en plus époustouflants graphiquement.

Mais cette ère de domination absolue de la 3D touche désormais à sa fin par l’effet conjugué du développement du crowdfunding, l’essor des jeux indépendants et la fin de la course au graphisme.

Lire la suite

L’Homme qui mit fin à l’histoire, de Ken Liu : un livre que l’on n’oublie pas.

Bonjour à tous !

Ken Liu. Un auteur qui n’est, certes, pas forcément connu du grand public (francophone), mais qui rencontre un succès grandissant parmi les passionnés des littératures de l’imaginaire.

Voyons rapidement son parcours d’écrivain : auteur américain, d’origine chinoise, il commence sa carrière d’écrivain en 2002, et « explose » au tournant des années 2010 avec un prix Nebula, un prix Hugo, un prix World Fantasy et un prix Locus pour la Ménagerie de Papier en 2012, puis des prix réguliers (et son lot de nomination) depuis lors. 

Passons à l’éditeur, qu’on ne présente plus, et à la collection, désormais bien connue : respectivement le Bélial’ et Une Heure-Lumière. Une collection de qualité, globalement, et je ne fais pas durer le suspens plus longtemps : on a ici, à mon sens, un des meilleurs titres de la collection (que j’ai quasiment entièrement lue, je suis donc à peu près sûr de mon coup -hé oui, j’ai tenu ma promesse faite en 2018 de lire cette collection, je n’ai « simplement » pas fait les chroniques afférentes !…-).

Enfin, clôturons cette introduction avec un mot sur la couverture, que je trouve là encore sublime. L’illustration, signée Aurélien Police, n’y est sans doute pas pour rien.
Plus que de longs discours pour en vanter les qualités esthétiques, je vous laisse en juger vous-mêmes :

ken liu
C’est beau, hein?

Lire la suite

Bilan 2018, projets pour 2019

Bonjour à tous !

Je reprends le blog doucement, sans pression, en espérant réussir à trouver un équilibre entre ma vie professionnelle, ma vie personnelle et le blog -ce sera l’objectif 2019, réussir à trouver un rythme qui me convienne…-.

Un point rapide sur les chiffres

Je vais vous épargner une (trop) longue tirade statistique. Non pas qu’elle soit dénuée d’intérêt -j’aime beaucoup les chiffres-, mais je ne suis pas certain que vous soyez intéressés par mes « résultats » en terme de visite.

Je vais donc expédier cela d’une ligne : 14.000 visites uniques sur 2018.  C’est satisfaisant, d’autant plus qu’on ne peut pas dire que mon rythme de publication soit particulièrement soutenu !

Les 10 articles les plus lus de 2018 sont :

On le comprend assez vite à la lecture de cette petite liste : les articles de fond, c’est pas mal, et ça a une « durée de vie » plus longue. Je ne ferai aucune promesse sur mes articles pour 2019, attendant de voir comment ma situation personnelle va se décanter ; mais j’espère pouvoir maintenir le blog en vie, voire de le développer un peu.

Mes voeux pour 2019

Le point sur le blog étant expédié, je souhaite profiter de ce modeste billet pour vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2019.

Naturellement, je ne vous souhaite que le meilleur, mais si je devais choisir, je vous souhaiterais avant tout de rester curieux, de rêver, de penser à l’avenir. Ne laissez pas le quotidien tout dévorer, ne laissez pas les marchands de peurs et d’inquiétudes empoisonner votre esprit ; ménagez-vous un espace mental où vous pouvez vous émerveiller, vous enthousiasmer, vous réjouir des nouvelles découvertes, des nouvelles possibilités, de nouvelles choses que vous apprenez.

Tout ne va pas bien, tout n’est pas rose, et la vie peut être assez merdique. C’est vrai. Mais ne voir que le mauvais côté des choses vous empêche parfois de profiter de l’instant, de changer de perspective, et au final d’être heureux.

Je n’aime pas particulièrement conclure ce genre de billets, je vais donc me borner à lever mon verre -virtuellement- et réitérer, une ultime fois, mes voeux pour 2019 ! Fixez-vous de beaux objectifs, et si vous ratez, ce n’est pas grave : l’essentiel est d’avoir appris quelque chose de ses erreurs.

Worldbuilding : créer un monde crédible, ou quelques considérations sur l’orbite de votre planète

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je m’inscris dans la continuité en vous proposant -encore !- un article sur le worldbuilding. On reste sur quelque chose de technique, mais promis, une fois le volet « cosmologique » fermé, je pourrais passer à des considérations moins mathématiques et plus historiques, mythologiques et sociologiques.

Je tiens, toutefois, à clore ce chapitre de la cosmologie. Cela n’intéressera que bien peu de personnes, j’en ai conscience, mais cela permet de rendre disponible, en français, des outils et méthodes de worldbuilding pour celles et ceux qui sont amenés, quelqu’en soit la raison, à se poser la question de créer un monde imaginaire -et où les orbites, dans le cas présent, joueront un rôle important-.

Une orbite, c’est quoi?

Avant d’aller dans le dur du sujet, je tiens à rappeler ce qu’est une orbite.

Une orbite, c’est une trajectoire courbe d’un astre autour d’un point dans l’espace (un soleil, une lune, un barycentre).

Cette courbe sera plus ou moins excentrique, c’est-à-dire plus ou moins éloignée du centre. Très concrètement, cela signifie que l’orbite peut être circulaire (avec une excentricité de zéro : tous les points du cercle sont à distance égale du centre) ou plus ou moins ovale.

Calculer une orbite, à quoi ça sert?

Calculer une orbite a plusieurs applications pratiques en terme de worldbuilding. De nombreuses, en réalité.

Je vais vous en fournir quelques exemples, pour que vous réalisiez l’importance de cette donnée -qui semble purement technique, et infiniment secondaire lorsqu’on veut créer un univers imaginaire- sur votre monde.

L’orbite en elle-même va influer sur la période de révolution -c’est-à-dire la durée de l’année !-, la luminosité reçue (et donc, les températures), ou encore la taille du soleil dans le ciel.

kepler186f_artistconcept_2

L’excentricité de l’orbite a aussi une importance considérable. Nous ne nous en rendons pas compte car la Terre a une orbite (quasi) circulaire, mais en réalité, une orbite excentrique va avoir une grosse influence sur le climat, et ce sur l’ensemble de la planète ! Mars, par exemple, a une excentricité orbitale beaucoup plus importante que la Terre (0,093 contre 0,016). Cela semble une différence faible, mais ne nous y trompons pas : l’aphélie (le point de l’orbite le plus éloigné du soleil) de la Terre est à 152 millions de kilomètres ; son périhélie (le point de l’orbite le plus proche du soleil) est à 147 millions de kilomètres. Pour Mars, ces valeurs sont respectivement de 249 millions de kilomètres, et 206 millions de kilomètres. Plus de 40 millions de kilomètres de différence, cela a une influence sur l’énergie solaire reçue, qui va beaucoup plus varier (entre 492 et 715 W/m², ce qui fait une belle variation).

Lire la suite

Worldbuilding : créer un monde crédible, ou comment créer un système solaire?

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je vous propose de continuer à faire un peu de worldbuilding en explorant la conception d’un système solaire (je suppose que le titre vous mettez un peu sur la voie, non?).

Cet article, qui sera relativement court, est la suite logique de mon article relatif à la conception d’une étoile. En effet, on va avoir besoin d’une donnée essentielle pour concevoir notre système solaire, à savoir la luminosité bolométrique.

habitable-planets-head

Lire la suite

Worldbuilding, les lois de votre Univers : une introduction à la magie et au magicbuilding

Bonjour à tous,

Je vous propose de nous éloigner quelques instants du worldbuilding orienté science-fiction pour explorer, quelques instants, un aspect fondamental de la Fantasy : la magie.

Si vous souhaitez créer un univers imaginaire, quel qu’en soit la raison, vous pouvez être certain qu’à un moment donné, vous aurez à résoudre la délicate question de l’introduction de la magie dans votre univers ou votre histoire.

Que ce soit consciemment, ou non, vous allez vous poser les questions suivantes :

  • Pourquoi mettre de la magie dans mon monde?
  • Qu’est-ce que la magie?
  • Quelles sont les règles régissant la magie? Ou comment rendre la magie crédible.
  • Quelle est la place de la magie dans mon monde? (je garde cette question au chaud, tant il y a à dire)

Je vais tenter, tant bien que mal, d’apporter un semblant de réponse à chacune de ces questions. Ces réponses, bien entendu, seront personnelles : il n’y a pas de réponse définitive, absolue, figée dans le marbre. Je ne suis pas un spécialiste dans l’art délicat du magicbuilding, loin de là. Je ne suis armé que de mon expérience de lecteur, de joueur et, occasionnellement, de maître du jeu.

0tykmxd
Gandalf approuve cet article.

Lire la suite

Eclipse Phase : un Jeu de Rôle futuriste, transhumaniste et incroyablement complet.

Bonjour à tous !

Désolé pour ce long silence. Des problèmes de santé, alliés à des problèmes familiaux, m’ont fait réévaluer un temps mes priorités. Mon blog en a, de ce fait, souffert. J’essaie de réparer, aujourd’hui, un peu de mon retard.

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas évoqué le Jeu de Rôle. Il me faut réparer cet oubli. Et comment mieux le réparer qu’en évoquant une belle découverte, que je dois à une patate des ténèbres : Eclipse Phase.

Ton esprit est un logiciel. Programme-le.
Ton corps est une coquille. Change-le.
La mort est une maladie. Soigne-la.
L’extinction approche. Affronte-la

Ce Jeu de Rôle est exigeant.  Il s’inscrit dans un univers futuriste, mélange de SF d’anticipation, de Space Opera, de Cyberpunk, je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit avant tout d’une SF transhumaniste à tendance dystopique. Ce jeu, publié par Posthuman Studios, et traduit en français par Black Book Editions, est un coup de coeur.

Le présent article s’appuie sur ma lecture, en anglais, du livre de base, et des suppléments suivants :

  • Panopticon ;
  • Transhuman ;
  • Sunward ;
  • Rimward ;
  • Gatecrashing.

Il me manque deux suppléments de contexte, Firewall et X-Risks.

Mais déjà, ce que je me propose de faire est beaucoup trop ambitieux, pour ainsi dire impossible : comment résumer en quelques centaines de mots l’univers d’Eclipse Phase? Les connaisseurs, j’en suis sûr, acquiescent en me lisant : Eclipse Phase est un jeu exigeant, mais c’est surtout un jeu disposant d’un univers incroyablement riche, dense, profond (autant voire plus que Shadowrun, un jeu qui a eu quelques décennies pour développer son univers). Impossible, certes, mais je vais malgré tout essayer (en survolant : il me faudrait rédiger toute une série d’articles si je voulais exposer véritablement l’ensemble de l’univers proposé !).

Curieux d’en découvrir plus? C’est parti.

Lire la suite

Worldbuilding : créer des mondes crédibles, ou comment créer une étoile

Bonjour à tous !

L’attente fut longue : mais la patience, toujours, est récompensée. Je vous propose de découvrir quelques idées, conseils et techniques pour réussir à créer des planètes qui soient crédibles.

Crédibles? C’est-à-dire?

J’entends par là qu’il va s’agir d’imaginer des planètes dont les principales caractéristiques sont, globalement, conformes aux données de la science. On peut froncer les sourcils : ouais, OK, encore un truc de hard-SF ; pour la fantasy et l’immense majorité de la SF, ça ne sert à rien.

A mon avis, penser cela, c’est commettre une erreur. Ce qui donne sa saveur à un monde, c’est son contenu, mais aussi le contenant, qui doit être bien délimité. Autrement dit, il faut réussir à explorer les limites de ce qui peut être fait : quand tout est possible, tout devient évanescent, et il n’y a plus vraiment d’enjeu. Quand, par exemple, en fantasy, vous imaginez les règles régissant la magie, l’important n’est peut-être pas ce qui peut être fait que les limites de la magie, le prix à payer.

Il en va de même quand vous créez une planète, et je vais vous le démontrer dans la présente série d’articles : ce sont les limites, les contraintes, qui viennent fertiliser l’imagination et nous permettent d’explorer les possibles. Face à une contrainte donnée, c’est là que l’auteur, le créatif, va se dire « oui, OK, mais qu’est-ce que ça donnerait si… », suivi d’une brillante idée pour contourner le problème, voire le sublimer pour en faire non plus une contrainte mais le ressort d’un monde vivant.

Lire la suite

C’était mieux avant ! Vraiment?

Bonjour à tous.

Cette semaine, je vous propose un sujet quelque peu éloigné de mes sujets habituels (sujets qui, vous l’aurez relevé, concernent beaucoup l’espace !).

Ce sujet n’en est pas moins important. En effet, je déplore le fait que, trop souvent, dans tout débat quel qu’il soit, on finisse toujours par entendre la petite musique lancinante de la nostalgie, ce qui revient in fine à refuser l’avenir, à assombrir le présent et à présenter le passé sous un jour enchanteur. Pire : la colère et la peur sont souvent les effets recherchés, ou à tout le moins induits, par cette présentation fallacieuse de la situation mondiale et régionale. Cela modifie notre perception du futur, perçu comme une menace, alors même que nous vivons un véritable âge d’or et que les choses promettent d’aller de mieux en mieux !

Cet enthousiasme, tempéré par une bonne dose de réalisme, est d’ailleurs la raison d’être du présent blog.

Attention : cela étant posé, je ne compte pas me vautrer dans le travers inverse, travers qui consisterait à dépeindre le passé comme cataclysmique, nos ancêtres n’étant qu’un ramassis de brutes sanguinaires, superstitieuses, sourdes à la Raison et à l’implacable marche d’un Progrès conquérant (je pense, en écrivant ce dernier paragraphe, au fameux livre de Régine Pernoud Pour en finir avec le Moyen-Âge que je recommande vivement à toutes les personnes ayant envie de dépasser leurs préjugés négatifs sur cette période historique passionnante).

Mon objectif est simplement de remettre en perspective certaines idées pré-conçues, qui sont souvent inexactes, parfois fausses. Parmi ces idées pré-conçues, j’en ai retenu cinq qui, à mon sens, ont une réelle influence sur l’opinion publique, à mon plus grand regret : l’idée que la faim dans le monde irait en empirant, l’idée que les gens sont de plus en plus malades ou exposés à des substances susceptibles de les rendre malades, l’idée que le monde est de plus en plus violent, l’idée que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, et enfin l’idée que le monde court à sa perte à cause de la surpopulation.

En remettant les choses en perspective, j’espère aider les gens, à mon très modeste niveau, à ne plus se faire avoir par les informations qui ont pour but (ou, à tout le moins, pour effet) d’indigner, de susciter de la peur, de la colère. A vrai dire, je me méfie beaucoup de ceux qui recherchent l’adhésion en suscitant ce genre d’émotions, peu importe leur positionnement sur le spectre politique.

Vous me direz peut-être : mais quel rapport avec la science-fiction, la fantasy, le fantastique?

J’ai envie de vous dire : tout. Notre époque est fascinée par la fin du monde, et cela devient de plus en plus visible dans les oeuvres relevant de l’imaginaire. Le post-apocalyptique est omniprésent dans les jeux vidéos (de Death Stranding à The Division 2, en passant par Fallout 76The Last of Us Part 2Rage 2), les séries, les films. La dystopie est partout, avec force commentaires « on est comme dans 1984 ! Monde de merde« .

Monde-de-Merde-1000x468.jpg
George Abitbol approuve cet article.

Je crains que cela ne déforme la perception du monde de certains. Et c’est bien dommage d’oublier les bons côtés de ce qui nous entoure. Avoir un imaginaire pollué par une image des autres, et du monde, particulièrement anxiogène, c’est absolument déprimant.

Alors, toi qui es dans ton salon avec chauffage central (ou avec la clim’, hein, bon), qui me lit à la vitesse de la lumière alors que tu es peut-être à l’autre bout du globe, et qui vient peut-être de refermer la porte de ton frigo plein à craquer (ou pas, faudrait songer à aller faire les courses, hein), je t’invite à découvrir quelques statistiques amusantes, ou du moins de nature à susciter ton intérêt !

Au menu :

Partie 1 : Famine, Guerre et Maladie : les Chevaliers de l’Apocalypse sont en train de perdre !

Partie 2 : fin de la pauvreté et surpopulation, un article qui va agacer Nicolas Hulot.

Si tu n’es pas d’accord, ce n’est pas grave : c’est pour cela que j’ai classé ces articles dans la section Débats.

Si tu trouves que c’est super top génial, n’hésite pas à me le dire (ça fait plaisir) et à partager la bonne parole autour de toi (ça fait plaisir aussi).

 

C’était mieux avant ! Vraiment? Partie 2

Cet article est la suite de mon article intitulé : C’était mieux avant ! Vraiment? Partie 1

Les riches sont de plus en plus riches, et les pauvres sont de plus en plus pauvres

world-population-in-extreme-poverty-absolute

Je trouve le graphique ci-dessus assez explicite. Il y a de moins en moins de miséreux, c’est-à-dire de gens totalement démunis. C’est une bonne nouvelle.
Surtout, il faut bien se rendre compte que le complet dénuement, la pauvreté extrême était la norme pour une bonne majorité de l’humanité il y a quelques siècles de cela (voire il y a seulement quelques décennies !).

share-of-the-population-living-in-extreme-poverty (1)

Voici l’évolution du taux d’extrême pauvreté pour certains pays. J’ai sélectionné des pays d’Afrique sub-saharienne, l’Inde, la Chine (ça fait quelques milliards de personnes, hein) et le Bangladesh (dont on a une image misérabiliste).

World-Poverty-Since-1820-750x535

Voici un autre graphique, avec différents indicateurs de pauvreté. La tendance constatée reste baissière. Avec, probablement, une cause commune avec la diminution des grands pillages, invasions, conflits : l’économie change petit à petit de nature et devient un jeu à somme positive.

J’insiste sur le fait qu’il s’agit de pauvreté absolue, c’est-à-dire qu’une baisse de la pauvreté absolue implique nécessairement une amélioration de la situation matérielle des gens concernés.

La pauvreté relative est un indicateur qui mesure l’inégalité, pas la pauvreté réelle, c’est-à-dire le dénuement matériel. On peut avoir un taux de pauvreté relative qui augmente, mais des « pauvres » qui ne sont pas matériellement plus démunis : il suffit que certains s’enrichissent énormément, pour que les autres soient relativement plus pauvres, même si leur situation est stable ou s’est légèrement améliorée.

De fait, il est faux de dire que la pauvreté augmente : on peut avoir des inégalités qui augmentent localement (c’est notamment le cas aux USA), mais on a bien une diminution massive de la pauvreté partout dans le monde. Cette tendance-là est encourageante, et il faut espérer que les innovations, les échanges culturels et commerciaux, la coopération internationale permettront à toujours plus de gens de s’émanciper et de sortir de l’état de misère.

Et la surpopulation?

Il n’est pas rare de voir un avenir dépeint en noir, avec cataclysmes climatiques, épuisement des ressources naturelles, guerres, pestes, et autres, tout cela étant notamment dû à l’hybris des anciens et à la surpopulation.
D’autres vont venir nous causer grand remplacement et s’agiter, avec autant de peur et de colère.

Vous trouverez ci-dessous un graphique retraçant le taux de fertilité des pays parmi les plus peuplés du monde (le taux de renouvellement de la population, c’est plus de deux enfants par femme, pour rappel), auxquels j’ai rajouté la France et l’Algérie.

children-born-per-woman.png

On remarquera qu’il existe une baisse de la fertilité dans tous les pays concernés, y compris l’Algérie et le Nigéria (qui semble être en léger décalage, mais une tendance similaire à la baisse semble s’amorcer vers 1970, quoique la baisse soit moins nette que dans le cas algérien).

Le taux de croissance de la population, tel que projeté par les démographes de l’ONU, est aussi très intéressant :

population-growth-rates.png

On constatera que, tel que projeté, l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, l’Asie, l’Europe perdront des habitants dans les décennies à venir. Cela fait, tout de même, une bonne partie du globe.
L’Amérique du Nord et l’Océanie auront un taux de croissance de la population inférieur à 0,5%.
L’Afrique aura un taux de croissance de la population supérieur à 0,5%.

Il s’agit, bien sûr, de projections, qui peuvent se tromper, en bien comme en mal. Très concrètement, il est possible que des évolutions à venir permettent de résoudre le problème d’une population à croissance trop forte (ou trop faible !). Par exemple, en changeant la façon de produire de la viande.

Mais on remarquera que, même en ignorant les projections à venir, il y a d’ores et déjà une baisse générale du taux de croissance de la population, et ce sans qu’aucun moyen coercitif n’ait eu à être employé à cette fin (la coercition, à ce niveau-là, peut d’ailleurs faire plus de mal que de bien !).

Une première piste pour favoriser la stabilisation voire la baisse de la population (à supposer qu’une telle baisse soit souhaitable), ce serait d’imaginer que de plus en plus de personnes choisissent de ne pas avoir d’enfants -avec des effets de bord peut-être surprenant, je pense ici au fait qu’une telle philosophie de vie devra nécessairement acquérir de nouveaux « adeptes » à chaque génération : ce ne sont pas des idées ou des traits culturels qui se transmettront de parents à enfants, par définition…-.

Une autre piste, ce serait très probablement que le nombre d’enfants en moyenne se stabilise autour de deux parmi ceux qui souhaitent avoir des enfants, par les choix individuels des partenaires amoureux. Toujours sans coercition, ni pression sociale excessive. De fait, le modèle idéal n’est pas, de nos jours, en Europe, la famille très nombreuse avec moult enfants : ce désir-là est, à mon sens, plutôt minoritaire. A noter qu’il n’y aura jamais plus d’enfants que de nos jours, d’après les projections : c’est le moment ou jamais de réussir à faire un job correct en les éduquant.

Une dernière piste pourrait être, tout simplement, de décider qu’une autorité centrale n’a pas à avoir une politique nataliste, pour renouveler la horde des conscrits potentiels (ou des contribuables) : cela relève du choix individuel de chacun, sans incitation financière. Ce que je dis vaut, aussi, pour les politiques anti-natalistes.

Pour conclure, je vous propose une idée amusante (car contre-intuitive) : les gens effrayés par le « grand remplacement » ne peuvent qu’aboutir, s’ils sont honnêtes intellectuellement, à la seule solution logique, à savoir militer pour (i) le développement des échanges économiques gagnant-gagnant avec l’Afrique, et (ii) au militantisme pour le droit des femmes (notamment en ce qui concerne l’accès à la contraception). Autrement dit, la solution (ou une des solutions) à la peur ressentie face au taux de fertilité africain n’est pas la stigmatisation et l’isolement des uns ou des autres, mais la coopération et les échanges entre partenaires commerciaux. Encourageant, non?

Ma conclusion personnelle

Mon approche personnelle, c’est que la peur, la colère, l’amertume sont des choses faciles. S’indigner à la moindre information négative, c’est réagir aux stimulis : pas besoin de néocortex pour cela.

Oui, il y a des injustices, des situations ignobles dans le monde. On peut s’amuser, dans la fiction, à dépeindre sous des couleurs très sombres la réalité, en faisant passer la chose pour du réalisme, de la maturité même. Cet artifice ne fonctionne plus guère avec moi.

On peut, également venir dénoncer, conscientiser, interpeller les masses stupides, en leur pointant les ennemis, la source de leurs problèmes : les immigrés, les patrons, les actionnaires, les médias, les politiques, Trump, les féministes, les catholiques, les musulmans, les juifs, les chinois, les allemands, les russes bref, les autres. Mais, là encore, à mon sens, c’est un défaut dans la fiction que de se focaliser sur des messages, souvent erronés : c’est là le problème que j’ai pu avoir avec le Paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine, ou avec Norman Spinrad dans les Années Fléaux. D’autant plus que le résultat peut être l’inverse de celui recherché : à force de dénoncer les possibles abus de la science, on aboutit à une épidémie de pseudo-science virulente, à la pensée magique, à la méfiance atavique et à la politique clanique et binaire.

En réalité, les tendances sont bonnes ; les choix des gens sont souvent les bons : ils veulent le meilleur pour eux et leurs proches. Peut-être que passer moins de temps à dénoncer, à maudire, à combattre et plus de temps à se préoccuper de soi, de sa famille, de ses voisins, de son environnement immédiat peut in fine avoir de meilleurs résultats, y compris globalement? Cela impose à chacun la responsabilité de mener une bonne vie, ce qui me paraît, à titre personnel, plus gratifiant pour soi que de militer pour qu’un législateur vienne imposer à tous telle ou telle obligation ou interdiction.

Surtout, comme le rappelle cet article de Slate, non, le monde ne sombre pas dans le chaos. Tout n’est pas fichu. Ce qui permet de croire en l’avenir et au génie humain, mais surtout d’agir pour devenir meilleur. Il n’y a aucune fatalité, que des difficultés. C’est avec cette motivation chevillée au corps et à l’esprit que certains bossent d’arrache-pied pour sauver des vies en trouvant des solutions à la pénurie d’organes, que d’autres créent des prothèses toujours plus ergonomiques et efficaces, veulent conquérir la Lune, et l’Espace, veulent guérir les maladies génétiques, allonger l’espérance de vie en bonne santé, et qui sait, un jour, vaincre la maladie et la mort. Je prends, ici, les exemples spectaculaires et high-tech, mais de la décoration de son balcon ou de son jardin au respect de l’espace public, de la façon d’élever ses enfants à la façon de se comporter en ligne, chacun peut agir. Le meilleur n’est ni acquis, ni certain, et c’est à chacun de faire ce qu’il estime être bon et juste.

Bien sûr, une forêt qui pousse fait moins de bruit que le fracas d’un arbre qui tombe, mais ma foi, l’important c’est que la situation s’améliore, pas de se poser en sauveur ou de s’auto-flageller, n’est-ce pas?

[Ne vous inquiétez pas, je reviens à mes sujets habituels dès le prochain article, je voulais juste préciser un certain nombre de points suite à un fort agacement ressenti en parcourant les réseaux sociaux. Désolé si cela vous a ennuyé.]

Pour aller plus loin

  • Vous pouvez vous balader sur le site Our World In Data ;
  • Vous pouvez constater que le nombre de fumeurs n’a jamais été aussi bas ;
  • Vous pouvez consulter l’évolution des chiffres relatifs à l’éducation sur ces slides ; les données brutes (Lee and Lee) sont ici ; là, les données de l’UNESCO sur le taux d’alphabétisation, toujours plus haut de génération en génération partout dans le monde.
  • Vous pouvez vous balader sur le site de l’OCDE pour obtenir un nombre incroyable de données.
  • Vous pouvez découvrir cette vidéo de Kurzgesagt sur les raisons égoïstes d’être vaguement écologiste, ou cette vidéo sur la surpopulation ou encore celle-là sur la fin de la guerre.
  • Vous pouvez, enfin, finir par cette vidéo de CGP Grey qui explique pourquoi la colère est le plus sûr moyen de buzzer (réfléchissez aux implications : les médias en ligne, et les groupes politiques; surfant sur la colère, sont de fait les plus avantagés par la structure des réseaux sociaux).

N’hésitez pas à me communiquer toute autre source de données, que je puisse la partager.