Malevil, de Robert Merle : les paysans et la fin du monde

Vous tirez le vin dans la cave de votre château avec quelques amis en discutant des futures élections à la mairie de Maléjac quand, tout à coup, le monde prend fin dans un torrent de flammes.

Voici, en peu de mots, le point de départ de Malevil. Et quel point de départ ! Il s’agit, à ma connaissance, d’un des rares, si ce n’est le seul, roman post-apocalyptique crédible se déroulant dans le Sud de la France.

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Malevil, de Robert Merle

Malevil est un ouvrage qui m’a vraiment pris, passionné, et c’est avec réticence que je me contraignais à le refermer tant je trépignais de connaître la suite. 

Je vais essayer de vous expliquer mon engouement sans spoiler.

D’abord, la structure : vous suivez le journal intime (je suppose) d’Emmanuel Comte, un agriculteur dont les affaires fonctionnent plutôt bien. 

Le livre commence par une sorte de flash-back : le narrateur se remémore les « repères » de sa vie d’avant « l’événement ». Rien là de bien original, mais cela permet de fixer le cadre de l’action, décrire les lieux, introduire les principaux personnages. La chose est faite proprement, à aucun moment le récit ne m’a paru confus.

Ensuite vient l’événement. Quelques pages, tout au plus. Pourtant, on sait, on sent que quelque chose d’exceptionnel et de grave est en train de se produire.

Enfin, le reste du livre : le désespoir devant un monde mort ; surmonter le choc ; réapprendre à vivre (et à survivre) ; refonder un monde nouveau sur les cendres de l’ancien. Des thèmes classiques quand on parle de post-apocalypse  ; pourtant, la façon dont Robert Merle traite la chose m’a passionné : en effet, j’ai trouvé les personnages particulièrement attachants, le relationnel tient une place absolument centrale et c’est avec un instinct d’ethnologue que l’on suit cette poignée de survivants s’organiser pour surmonter la situation. 

Je parle d’ethnologue, car loin d’être un roman purement psychologique, Malevil réussit à nous faire sentir le lien de l’individuel au collectif ; en effet, on rencontrera plusieurs groupes au fil des pages avec des fonctionnements fort différents. Chaque mode de fonctionnement, à une exception près, est le fait de choix individuels faits par un « dominant ».

Malevil ne se contente donc pas d’un récit crédible et prenant : ce roman aborde de nombreuses questions intéressantes, que ce soit la place de la femme dans un monde où la plupart de ces dernières sont mortes, créant de fait un déséquilibre démographique, la place de la religion, le rôle respectif des nomades et des sédentaires,  l’importance des individus dans les dynamiques de groupe…

J’ai relevé deux critiques revenant souvent sur ce livre : le traitement de la religion par Robert Merle et la personnalité du personnage principal, Emmanuel Comte. 

J’apprends grâce à Wikipedia que Robert Merle a été sacré par le journal Le Monde « le plus grand romancier de littérature populaire en France ». J’y ai également trouvé confirmation que Robert Merle avait de fortes affinités avec le parti communiste français. Selon certaines critiques, cette affinité se sentirait dans le livre, notamment dans son traitement de la religion. A mon avis, il s’agit d’une exagération : il est vrai qu’un des antagonistes utilise la religion à des fins d’oppression, et que le narrateur n’est pas franchement religieux lui-même (et ne garde pas un bon souvenir du curé du village), mais je n’ai pas ressenti de parti-pris anticlérical particulier, et encore moins anti-religieux (la Bible a son importance dans la communauté).

L’autre critique que j’ai pu relever concerne le personnage principal et narrateur, Emmanuel Comte. Ce dernier serait insupportable de confiance en soi et d’arrogance. Je peux comprendre cette critique, mais cela ne me paraît pas rédhibitoire. Le principal intérêt ne se trouve pas dans le personnage principal mais dans les personnages secondaires, que je trouve crédibles et attachants. 

Malevil est donc un excellent roman, que je vous recommande chaudement  (en espérant vivement que vous partagerez mon enthousiasme !).

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