C’était mieux avant ! Vraiment? Partie 2

Cet article est la suite de mon article intitulé : C’était mieux avant ! Vraiment? Partie 1

Les riches sont de plus en plus riches, et les pauvres sont de plus en plus pauvres

world-population-in-extreme-poverty-absolute

Je trouve le graphique ci-dessus assez explicite. Il y a de moins en moins de miséreux, c’est-à-dire de gens totalement démunis. C’est une bonne nouvelle.
Surtout, il faut bien se rendre compte que le complet dénuement, la pauvre extrême, c’était-là la normalité pour une bonne majorité de l’humanité il y a quelques siècles de cela.

share-of-the-population-living-in-extreme-poverty (1)

Voici l’évolution du taux d’extrême pauvreté pour certains pays. J’ai sélectionné des pays d’Afrique sub-saharienne, l’Inde, la Chine (ça fait quelques milliards de personnes, hein) et le Bangladesh (dont on a une image misérabiliste).

World-Poverty-Since-1820-750x535

Voici un autre graphique, avec différents indicateurs de pauvreté. La tendance constatée reste baissière. Avec, probablement, une cause commune avec la diminution des grands pillages, invasions, conflits : l’économie change petit à petit de nature et devient un jeu à somme positive.

J’insiste sur le fait qu’il s’agit de pauvreté absolue, c’est-à-dire qu’une baisse de la pauvreté absolue implique nécessairement une amélioration de la situation matérielle des gens concernés.

La pauvreté relative est un indicateur qui mesure l’inégalité, pas la pauvreté réelle, c’est-à-dire le dénuement matériel. On peut avoir un taux de pauvreté relative qui augmente, mais des « pauvres » qui ne sont pas matériellement plus démunis : il suffit que certains s’enrichissent énormément, pour que les autres soient relativement plus pauvres, même si leur situation est stable ou s’est légèrement améliorée.

De fait, il est faux de dire que la pauvreté augmente : on peut avoir des inégalités qui augmentent localement (c’est notamment le cas aux USA), mais on a bien une diminution massive de la pauvreté partout dans le monde. Cette tendance-là est encourageante, et il faut espérer que les innovations, les échanges culturels et commerciaux, la coopération internationale permettront à toujours plus de gens de s’émanciper et de sortir de l’état de misère.

Et la surpopulation?

Il n’est pas rare de voir un avenir dépeint en noir, avec cataclysmes climatiques, épuisement des ressources naturelles, guerres, pestes, et autres, tout cela étant notamment dû à l’hybris des anciens et à la surpopulation.
D’autres vont venir nous causer grand remplacement et s’agiter, avec autant de peur et de colère.

Vous trouverez ci-dessous un graphique retraçant le taux de fertilité des pays parmi les plus peuplés du monde (le taux de renouvellement de la population, c’est plus de deux enfants par femme, pour rappel), auxquels j’ai rajouté la France et l’Algérie.

children-born-per-woman.png

On remarquera qu’il existe une baisse de la fertilité dans tous les pays concernés, y compris l’Algérie et le Nigéria (qui semble être en léger décalage, mais une tendance similaire à la baisse semble s’amorcer vers 1970, quoique la baisse soit moins nette que dans le cas algérien).

Le taux de croissance de la population, tel que projeté par les démographes de l’ONU, est aussi très intéressant :

population-growth-rates.png

On constatera que, tel que projeté, l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, l’Asie, l’Europe perdront des habitants dans les décennies à venir. Cela fait, tout de même, une bonne partie du globe.
L’Amérique du Nord et l’Océanie auront un taux de croissance de la population inférieur à 0,5%.
L’Afrique aura un taux de croissance de la population supérieur à 0,5%.

Il s’agit, bien sûr, de projections, qui peuvent se tromper, en bien comme en mal. Très concrètement, il est possible que des évolutions à venir permettent de résoudre le problème d’une population à croissance trop forte (ou trop faible !). Par exemple, en changeant la façon de produire de la viande.

Mais on remarquera que, même en ignorant les projections à venir, il y a d’ores et déjà une baisse générale du taux de croissance de la population, et ce sans qu’aucun moyen coercitif n’ait eu à être employé à cette fin (la coercition, à ce niveau-là, peut d’ailleurs faire plus de mal que de bien !).

Une première piste pour favoriser la stabilisation voire la baisse de la population (à supposer qu’une telle baisse soit souhaitable), ce serait d’imaginer que de plus en plus de personnes choisissent de ne pas avoir d’enfants -avec des effets de bord peut-être surprenant, je pense ici au fait qu’une telle philosophie de vie devra nécessairement acquérir de nouveaux « adeptes » à chaque génération : ce ne sont pas des idées ou des traits culturels qui se transmettront de parents à enfants, par définition…-.

Une autre piste, ce serait très probablement que le nombre d’enfants en moyenne se stabilise autour de deux parmi ceux qui souhaitent avoir des enfants, par les choix individuels des partenaires amoureux. Toujours sans coercition, ni pression sociale excessive. De fait, le modèle idéal n’est pas, de nos jours, en Europe, la famille très nombreuse avec moult enfants : ce désir-là est, à mon sens, plutôt minoritaire. A noter qu’il n’y aura jamais plus d’enfants que de nos jours, d’après les projections : c’est le moment ou jamais de réussir à faire un job correct en les éduquant.

Une dernière piste pourrait être, tout simplement, de décider qu’une autorité centrale n’a pas à avoir une politique nataliste, pour renouveler la horde des conscrits potentiels (ou des contribuables) : cela relève du choix individuel de chacun, sans incitation financière. Ce que je dis vaut, aussi, pour les politiques anti-natalistes.

Pour conclure, une idée amusante (car contre-intuitive), ce serait de considérer que les gens effrayés par le « grand remplacement » devraient aboutir à la seule solution logique, à savoir militer pour (i) le développement des échanges économiques gagnant-gagnant avec l’Afrique, et (ii) au militantisme pour le droit des femmes (notamment en ce qui concerne l’accès à la contraception). Autrement dit, la solution (ou une des solutions) à la peur ressentie face au taux de fertilité africain n’est pas la stigmatisation et l’isolement des uns ou des autres, mais la coopération et les échanges entre partenaires commerciaux. Encourageant, non?

Ma conclusion personnelle

Mon approche personnelle, c’est que la peur, la colère, l’amertume sont des choses faciles. S’indigner à la moindre information négative, c’est réagir aux stimulis : pas besoin de néocortex pour cela.

Oui, il y a des injustices, des situations ignobles dans le monde. On peut s’amuser, dans la fiction, à dépeindre sous des couleurs très sombres la réalité, en faisant passer la chose pour du réalisme, de la maturité même. Cet artifice ne fonctionne plus guère avec moi.

On peut, également venir dénoncer, conscientiser, interpeller les masses stupides, en leur pointant les ennemis, la source de leurs problèmes : les immigrés, les patrons, les actionnaires, les médias, les politiques, Trump, les féministes, les catholiques, les musulmans, les juifs, les chinois, les allemands, les russes bref, les autres. Mais, là encore, à mon sens, c’est un défaut dans la fiction que de se focaliser sur des messages, souvent erronés : c’est là le problème que j’ai pu avoir avec le Paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine, ou avec Norman Spinrad dans les Années Fléaux. D’autant plus que le résultat peut être l’inverse de celui recherché : à force de dénoncer les possibles abus de la science, on aboutit à une épidémie de pseudo-science virulente, à la pensée magique, à la méfiance atavique et à la politique clanique et binaire.

En réalité, les tendances sont bonnes ; les choix des gens sont souvent les bons : ils veulent le meilleur pour eux et leurs proches. Peut-être que passer moins de temps à dénoncer, à maudire, à combattre et plus de temps à se préoccuper de soi, de sa famille, de ses voisins, de son environnement immédiat peut in fine avoir de meilleurs résultats, y compris globalement? Cela impose à chacun la responsabilité de mener une bonne vie, ce qui me paraît, à titre personnel, plus gratifiant pour soi que de militer pour qu’un législateur vienne imposer à tous telle ou telle obligation ou interdiction.

Surtout, comme le rappelle cet article de Slate, non, le monde ne sombre pas dans le chaos. Tout n’est pas fichu. Ce qui permet de croire en l’avenir et au génie humain, mais surtout d’agir pour devenir meilleur. Il n’y a aucune fatalité, que des difficultés. C’est avec cette motivation chevillée au corps et à l’esprit que certains bossent d’arrache-pied pour sauver des vies en trouvant des solutions à la pénurie d’organes, que d’autres créent des prothèses toujours plus ergonomiques et efficaces, veulent conquérir la Lune, et l’Espace, veulent guérir les maladies génétiques, allonger l’espérance de vie en bonne santé voire vaincra la maladie et la mort. Je prends, ici, les exemples spectaculaires et high-tech, mais de la décoration de son balcon ou de son jardin au respect de l’espace public, de la façon d’élever ses enfants à la façon de se comporter en ligne, chacun peut agir. Le meilleur n’est ni acquis, ni certain, et c’est à chacun de faire ce qu’il estime être bon et juste.

Bien sûr, une forêt qui pousse fait moins de bruit que le fracas d’un arbre qui tombe, mais ma foi, l’important c’est que la situation s’améliore, pas de se poser en sauveur ou de s’auto-flageller, n’est-ce pas?

[Ne vous inquiétez pas, je reviens à mes sujets habituels dès le prochain article, je voulais juste préciser un certain nombre de points suite à un fort agacement ressenti en parcourant les réseaux sociaux. Désolé si cela vous a ennuyé.]

Pour aller plus loin

  • Vous pouvez vous balader sur le site Our World In Data ;
  • Vous pouvez constater que le nombre de fumeurs n’a jamais été aussi bas ;
  • Vous pouvez consulter l’évolution des chiffres relatifs à l’éducation sur ces slides ; les données brutes (Lee and Lee) sont ici ; là, les données de l’UNESCO sur le taux d’alphabétisation, toujours plus haut de génération en génération partout dans le monde.
  • Vous pouvez vous balader sur le site de l’OCDE pour obtenir un nombre incroyable de données.
  • Vous pouvez découvrir cette vidéo de Kurzgesagt sur les raisons égoïstes d’être vaguement écologiste, ou cette vidéo sur la surpopulation ou encore celle-là sur la fin de la guerre.
  • Vous pouvez, enfin, finir par cette vidéo de CGP Grey qui explique pourquoi la colère est le plus sûr moyen de buzzer (réfléchissez aux implications : les médias en ligne, et les groupes politiques; surfant sur la colère, sont de fait les plus avantagés par la structure des réseaux sociaux).

N’hésitez pas à me communiquer toute autre source de données, que je puisse la partager.