Le Sultan des Nuages, de Geoffrey A. Landis : un livre sympathique mais léger.

Bonjour à tous !

Je vous propose de découvrir cette novella publiée par les éditions Le Bélial’ dans la collection Une Heure-Lumière.

Cette novella a été écrite par Geoffrey Alan Landis, auteur aimant le format court et qui connaît, ma foi, son petit succès : prix Hugo pour sa novella Elemental en 1985, prix Nebula en 1989 pour sa nouvelle Ripples in the Dirac Sea« , un prix Hugo en 1992 pour sa nouvelle « A Walk in the Sun« , un prix Locus en passant pour son roman Mars Crossing, encore un autre prix Hugo en 2003 pour la nouvelle « Falling Onto Mars« , en 2010 il a complété son palmarès d’un prix Sturgeon pour la présente novella : le Sultan des Nuages.

Je vais y ajouter deux prix Rhysling, en 2000 et 2009, prix qui vient récompenser… des poèmes de SF, fantasy ou d’horreur ! Venant d’un ingénieur de la NASA (!), on ne peut que conclure que Geoffrey A. Landis est un bonhomme bourré de talents.

On m’a vendu quelque chose mélangeant parfaitement hard-SF et une intrigue réussie, avec un sense of wonder au rendez-vous.

Le contrat est-il rempli? Vais-je me joindre au concert des louanges?
Je crains que non.

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Une petite parenthèse sur l’illustration en couverture

L’illustration de couverture, signée Aurélien Police, est sublime. Tout simplement. Je vous invite à jeter un oeil à son travail. Je l’ai fait, et j’ai réalisé que la plupart des illustrations que j’appréciais dans les divers ouvrages que j’ai pu croiser étaient de son fait (citons, à titre d’illustration, l’illustration du Paradoxe de Fermi, de Jean-Pierre Boudine). Qu’il en soit remercié.

Un Planet Opera stimulant

Venons-en à la novella.

Elle prend place dans un futur relativement lointain -quelques siècles, deux ou trois, je pense-. Assez classiquement, on se retrouve dans un système solaire où les principales puissances ne sont pas nationales ou gouvernementales mais sont constitués par des mégacorporations aux fortunes colossales.

Parmi ces fortunes colossales, l’une va attirer toute notre attention : la famille Nordwald-Gruenbaum. Cette famille-ci a décidé de coloniser Venus, et y est parvenu plutôt bien puisqu’elle possède la moitié des 11.000 cités volantes parcourant la haute atmosphère vénusienne.

L’intrigue va donc prendre place, vous l’aurez compris, sur Venus. Trois protagonistes principaux tiendront la vedette :le narrateur, David Tinkerman, le Docteur Léa Hamakawa et le Sultan des Nuages Carlos Fernando Delacroix Ortega de la jolla Y Nordwald-Gruenbaum, héritier de la dynastie richissime des Nordwald-Gruenbaum.

Léa Hamakawa est invitée à se rendre sur Venus par l’héritier Nordwald-Gruenmbaum, pour une raison mystérieuse. Elle décide, bien que la chose ne soit pas précisée dans l’invitation, de ne pas venir seule, d’amener avec elle David Tinkerman, son collègue et amoureux transi (et frustré).

Je ne vous en révélerai pas plus sur l’intrigue : le roman est relativement court, et vous détailler les ressorts des manigances politiques viendrait nuire à votre expérience de lecteur. Disons, simplement, que je n’ai pas été, à titre personnel, particulièrement emporté par l’intrigue, que je trouve trop simple voire simpliste.

Oh, cela ne m’a pas ennuyé, c’était un moment agréable, et globalement le récit est efficace. Mais je crois avoir pris en grippe assez vite les trois principaux personnages : le narrateur, que je trouve passif et insipide, Léa Hamakawa qui m’a paru être trop nimbée de mystère pour susciter le moindre intérêt, et l’adolescent Carlos qui, comme tout adolescent, suscite en moi une envie furieuse de lui mettre des baffes et de le sermonner sur la bonne façon d’être un adulte responsable.

C’est, je pense, le principal (et le seul?) point faible de cette novella. Les idées y sont bonnes, la langue claire et fluide, avec une pointe de poésie -les images soumises à notre imagination sont à couper le souffle et des artistes pourraient s’en inspirer pour proposer des choses grandioses- et de hard-SF. Même si la réussite n’est pas totale, cela n’en reste pas moins une novella sympathique que je recommande.

De bonnes idées en matière de worldbuilding

Cette novella est relativement courte, 120 pages. Pourtant, en aussi peu de pages, le monde qui est dépeint me paraît plutôt solide et crédible.

Vous l’aurez deviné, la colonisation de Venus prend place non pas sur le sol même de la planète mais dans les airs. La chose est logique, lorsqu’on sait que Venus est connue pour être l’endroit le plus chaud du système solaire, avec une pression atmosphérique délirante au sol (similaire à la pression que vous auriez si vous vous amusiez à nager à plus d’un kilomètre de profondeur dans l’océan), des pluies d’acide sulfurique, des éclairs très nombreux dans la basse atmosphère… On fait difficilement plus infernal !

Il existe toutefois une zone, dans la très haute atmosphère, où la pression atmosphérique est identique à celle que l’on retrouve sur Terre, avec des températures supportables.

L’idée des cités volantes, on pourrait être tenté de la rattacher à une science-fiction préférant l’aventure à la cohérence ou l’exactitude : cela peut rappeler, par exemple, la cité des nuages dans un Star Wars, Episode V, un Château dans le Ciel de Myazaki, et assimilés (je pense, par exemple, au jeu de rôle Eclipse Phase, que j’ai découvert grâce à une certaine Patates des Ténèbres ; je conseille à ceux que ça intéresse de jeter un oeil au livre de base et au supplément Sunward).

Au fond, l’idée des cités volantes relève d’une pop culture relevant presque du pulp (c’est, du moins, ma perception).

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Pourtant, comme vous le verrez dans mon article relatif à la Colonisation de Venus (en cours de rédaction à l’heure où j’écris ces lignes), rien ne pourrait être plus inexact : il s’agit, en réalité, d’une possibilité techniquement possible et la seule logique, en réalité, si l’homme devait un jour vouloir assurer une présence permanente sur cette planète infernale.

Là où les idées me paraissent particulièrement intéressantes, toutefois, ce n’est pas tant sur les aspects techniques de la colonisation de Venus que sur la société mise en place. Je ne veux pas trop en dire, tant la découverte qu’on vous propose dans cette novella est (je pense) son principal intérêt et qu’il serait bien dommage de vous gâcher le plaisir. Je me bornerais simplement à dire que je n’ai pas souvenir d’un livre capable de dépeindre une société crédible en si peu de pages : c’est, il me faut le reconnaître, assez impressionnant.

Ma petite frustration

Cette qualité-là est aussi, je trouve, son gros défaut : on finit frustré. Je sens, vraiment, que ce monde aurait pu bénéficier d’un développement plus conséquent ; que le sense of wonder qu’on effleure ici aurait pu être plus grand encore avec quelques dizaines de pages de plus ; que l’intrigue proposée, au final assez simple, aurait pu faire l’objet de plus de ramifications, de rebondissements ; que les personnages, à peine développés, auraient pu être assez mis en avant pour susciter chez moi un début d’empathie.

Quel dommage ! Quelle frustration !

Mais relativisons : c’est un défaut plutôt flatteur, ma foi, que de considérer qu’on aurait dû en avoir plus !

Pour aller plus loin

Vous pouvez découvrir d’autres avis et critiques ici :

Just a Word

L’ours inculte

Le Chien Critique

Le Culte d’Apophis

Le Blog de Nébal

Le Blog d’Albédo

Une réflexion sur “Le Sultan des Nuages, de Geoffrey A. Landis : un livre sympathique mais léger.

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