La colonisation de Mercure

Bonjour à tous !

Le catastrophisme est à la mode. J’en veux pour preuve les commentaires que j’ai pu lire, sur Facebook, sur mon article sur la terraformation : en substance, on y déplorait l’inanité du concept même de terraformation ou de conquête spatiale, l’Humanité (cette sale race) étant condamnée à succomber aux excès divers et variés (etc etc). Cela me surprend toujours un peu, tant l’idée de « polluer » Mars me paraît saugrenue (augmenter l’effet de serre ne serait peut-être pas une si mauvaise chose…).

Alors, cédons aux sirènes du catastrophisme pour les besoins de l’article : la biosphère s’effondre, le réchauffement climatique rend impossible la vie sur Terre. Il faut coloniser d’autres planètes. Comment faire cela?

A noter que, pour ceux que le catastrophisme ambiant ennuie, vous pouvez aussi lire cet article par curiosité.

Commençons par Mercure, point de départ de « l’intrigue » du regrettable roman 2312. Pourquoi commencer par Mercure? Parce que c’est la première planète du système solaire, en partant du soleil et que j’ai quelques lectures sur la Lune, sur Mars ou les habitats spatiaux avant de m’aventurer sur ces gros morceaux.

PIA00437_orig.jpg
Première photographie de Mercure, prise par la sonde Mariner 10 en 1974.

Une brève présentation de Mercure

Mercure est la première planète du système solaire, la plus proche du Soleil. Très peu de mots suffiront à décrire cette planète : c’est un caillou cramé par le Soleil.

Ce caillou a un rayon de 2439,7 kilomètres à l’équateur pour 75 millions de km² de superficie. A titre indicatif, l’Océan Pacifique a 162 millions de km² de superficie.

C’est donc un (relativement) petit caillou : une planète tellurique plus petite que Mars, mais avec une densité très élevée (et une gravité de surface égale à celle de Mars de ce fait, 0,38 G en l’occurence), due à l’importance de son noyau métallique (40% du volume total, conséquence d’un impact monstrueux ayant fait éclater le manteau de Mercure il y a quelques milliards d’années).

L’atmosphère? Vous n’en avez, pour ainsi dire, pas.

Mercure connaît de plutôt longues journées : plus de 58 jours terrestres sont nécessaires pour que Mercure effectue une rotation sur son axe. Mais attention : Mercure orbite très vite autour du Soleil, une année mercurienne fait environ 88 jours terrestres. Si vous prenez une rotation très lente et une orbite très rapide, on aboutit à une situation étrange où le Soleil reste dans le ciel plus longtemps qu’une journée ! D’une aube à l’autre, il faut 176 jours : une « journée » tel que nous la comprenons dans notre vie quotidienne prend ainsi deux ans, sur Mercure !

Les températures? Extrêmes. La température moyenne y est de 179 degrés celsius. Lorsqu’il fait nuit (et les nuits durent longtemps !), la température descend jusqu’à -183°C ; en plein jour, au zénith, la température monte jusque 427°C. On est sur une différence de 610 degrés celsius. Je vous laisse imaginer les contraintes techniques pour bâtir en dur, dans ces conditions…

Une remarque : Mercure a de gros cratères partout sur sa surface, y compris près des pôles. Or, cela implique que la lumière du soleil n’atteint pas le fond de certains cratères : de ce fait, vous avez des endroits sur Mercure où il fait perpétuellement une température glaciale, permettant d’avoir des lacs gelés en permanence.

Mercure, une planète habitable?

Reprenons.
Nous avons une gravité de 0,38 G. Cela devrait être suffisant pour éviter le plus gros des effets négatifs liés à l’absence de gravité (notamment la décalcification des os et l’atrophie des muscles).

Nous n’avons pas d’atmosphère : cela implique que les rayons UV ou X ne sont pas filtrés. Il va donc falloir un peu plus que de la crème solaire indice 100 pour éviter de finir avec un sévère coup de soleil.

Il faut également tenir compte du fait que rien ne ralentit les débris spatiaux. De ce fait, ils heurtent la surface à pleine vitesse. Cela peut faire du dégât : l’énergie cinétique libérée par un objet évoluant à des vitesses hypervéloces (plusieurs milliers de kilomètres par heure) est énorme.

Ajoutez à cela un différentiel de température monstrueux entre le jour et la nuit, de plus de 600 degrés, et une température maximale qui suffit à faire fondre certains métaux (le plomb, par exemple), des radiations mortelles, une orbite chaotique avec variation de l’excentricité, et vous avez un tableau pas très reluisant.

On l’aura compris, Mercure est une planète plutôt hostile. Alors, franchement, quel intérêt? La colonisation de Mercure, pour quoi faire?

Mercure, une planète riche en ressources?

Ressources minières

On pourrait supposer que Mercure ayant vu les couches supérieures de sa croûte et de son manteau être vaporisées par un impact massif il y a des éons de cela, nous avons accès aux profondeurs alors insondables -et à des richesses incommensurables-.

Absolument pas. Mercure est on ne peut plus banal quant à sa composition minérale. N’importe quel astéroïde métallique serait plus avantageux à exploiter (car n’impliquant pas une quelconque gravité, ou très marginale, ce qui facilite l’envoi dans l’espace de quantités importantes de minerais).

Outre les minéraux exploitables, les différentes mesures faites par la sonde MESSENGER indique que Mercure est couverte de 5,65 x 10^9 m³ d’hydrocarbures riches en carbones. C’est-à-dire de ressources essentielles à l’agriculture.

Eau

mercury_water.jpg
Les zones colorées en jaune sont recouvertes d’eau.
messenger-18-150_radar_north_polar_oblique_2015.png
Même chose ici

Quoi? De l’eau sur Mercure? Cette planète sans atmosphère, et donc sans hydrosphère, où les températures grimpent très largement au-dessus du point d’ébullition de l’eau, où la gravité est basse, aurait de l’eau? Pourtant, dans ces conditions, l’eau devrait nécessairement se sublimer, à moins de rester en permanence dans l’ombre !

Hé bien oui.

C’est bien de ça dont il s’agit : les cratères aux pôles sont perpétuellement à l’ombre, depuis des milliards d’années. Tout simplement.

Cette glace d’eau serait couverte d’une couche de régolithe, qui permet d’éviter la sublimation.

Cette eau permettrait d’alimenter une colonie humaine et pourrait également servir de carburant, si besoin était.

Les scientifiques ont essayé d’estimer la quantité d’eau contenue dans les régions gelées de Mercure : entre 10^14 et 10^15 kilogrammes de glace d’eau.
Autrement dit, dans l’hypothèse haute, il y aurait 1.000.000.000.000.000 kilogrammes d’eau. C’est un quadrillion de kilogrammes de glace d’eau. On peut aussi dire : un million de milliards, si je ne m’abuse.

Pour être exact, le radiotélescope d’Arecibo et la sonde MESSENGER ont découvert qu’il y avait de la glace d’eau, d’une épaisseur de quelques mètres (de 0,5 à 20 mètres d’épaisseur), sur une surface totale de 5,65 x 10^10 m², ce qui donnerait entre 2.1 x 10^13 et 1.4 x 10^15 kilogrammes de glace d’eau.

Cela paraît énorme. Cela l’est, et permettrait d’assurer les besoins d’une petite colonie humaine.

Mais, remettons les choses dans l’ordre, à titre de comparaison : l’Antarctique, c’est 4×10^18 kg de glace. Le pôle sud de Mars contient 10^16 kilogrammes d’eau. Il y a plus d’eau dans l’Antarctique ou le Pôle Sud de Mars que sur tout Mercure.

Difficile d’envoyer quoique ce soit depuis Mercure

On pourrait penser que Mercure pourrait devenir une sorte de centre minier.

En réalité, cela n’aurait aucun sens : les astéroïdes sont bien plus simples à exploiter, comme je l’ai déjà évoqué. Pourquoi?

D’abord, parce qu’ils n’ont pas de gravité, ou si peu que c’en est négligeable : décoller d’un astéroïde est facile. Décoller de Mercure, c’est déjà beaucoup plus compliqué, quoique faisable.

Mais le vrai problème, ce va être de réussir à quitter l’orbite basse de Mercure pour atteindre le reste du système solaire : il faut 12,5 km/s de deltaV pour aller de Mercure à la Terre. Cela signifie qu’il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup de carburant pour chaque kilogramme transporté…

La difficulté de maintenir une orbite autour de Mercure, due à sa proximité avec le Soleil, explique sans doute le fait que trois missions seulement aient été menées pour explorer cette planète : Marine 10, en 1973, MESSENGER, en 2004 et BepiColombo l’année dernière.

Le bon côté des choses, c’est que Mercure a une période synodique (c’est-à-dire la période de temps mise par une planète pour revenir à une configuration Terre-planète-Soleil donnée) beaucoup plus courte que toute autre planète du système solaire : 115,8 jours.  Cela signifie que Mercure se trouvera dans une configuration idéale vis-à-vis de la Terre pour un envoi de matériau/marchandises plusieurs fois par an.

Mais alors, quel intérêt?

Mercure est riche d’une chose : d’ensoleillement. Beaucoup d’ensoleillement. Ce qui rend la vie si dure, quasi impossible, est aussi la principale richesse de Mercure : une énergie illimitée et gratuite.

L’intensité de la lumière du soleil sur Mercure est de 5 à 10 fois plus élevée que sur Terre.

Planète Distance (x 109 m) Irradiation solaire moyenne (W/m2)
Mercure 57 9116.4
Venus 108 2611.0
Terre 150 1366.1
Mars 227 588.6
Jupiter 778 50.5
Saturne 1426 15.04
Uranus 2868 3.72
Neptune 4497 1.51
Pluton 5806 0.878

A noter que l’orbite de Mercure a une certaine excentricité, de sorte que l’irradiation solaire varie entre 14.446 W/m² (maximum) et 6.272 W/m² (minimum).

Mercure n’a quasiment aucune inclination de son axe de rotation. Autrement dit, il est possible que des points élevés aux pôles soient éclairés en permanence par le Soleil. Ce pourrait être un bon endroit pour installer des panneaux solaires, d’autant plus que c’est également aux pôles que se situent des zones d’ombres permanentes (permettant d’y évacuer la chaleur).

Quelques remarques complémentaires sur la production d’énergie sur Mercure :

  • Disposant d’une irradiation solaire à peu près 6,5 fois plus élevée que sur Terre, les voiles solaires seraient particulièrement efficaces aux environs de Mercure.
  • Les cellules photovoltaïques voient leur efficacité décroître avec les hautes températures : à une température de 450 degrés Celsius, la plupart des panneaux solaires ne généreront plus d’énergie, ou avec une performance très dégradée.
    Heureusement, les températures aux pôles sont moins élevées (127 degrés Celsius de température maximale), permettant d’esquiver en partie ce problème.
  • Mercure aura beaucoup d’énergie pour son développement, mais très certainement aussi un énorme excédent : si nos amis mercuriens découvraient le moyen de transférer cette énergie d’une planète à l’autre, ils auraient certainement-là une opportunité commerciale particulièrement intéressante ! D’autant plus que, s’il y a d’autres colonies dans le système solaire, aucune n’aura une position si avantageuse pour capter et utiliser l’énergie solaire !

A quoi ressemblerait une colonie « mercurienne »?

Supposons que, malgré les immenses difficultés que j’ai pu évoquées ci-dessus, un groupe de personnes se décide, quelque soit la raison à leur démarche, à venir vivre sur Mercure.

Comment devraient-ils s’y prendre?

Scénario 1 : le Terminateur

Ce scénario-ci a été porté à ma connaissance par un certain Kim Stanley Robinson, qui évoque la cité de Terminateur dans Mars la Bleue -mais aussi dans le dispensable 2312 du même auteur-.

Le terminateur, c’est la ligne séparant la zone éclairée de la zone nocturne. Sur Mercure, la zone éclairée est brûlante -parfois plus de 400 degrés Celsius-, la zone nocturne est glaciale – on plonge à -150 degrés Celsius sans problèmes-.

L’idée est « simple » : vivre dans un éternel crépuscule. Comment? En construisant des rails tout autour de Mercure, qui vont ceinturer la planète. La face plongée dans l’ombre va être glacée : les rails vont se contracter sous l’effet du froid intense. La face diurne va être bouillante : les rails vont se dilater. De ce fait, la cité va (très lentement) avancer au même rythme que la rotation de la planète.

terminator-moving-city-mercury

terminator-mercury-top-view
Vue d’artiste de Terminateur, par Frans Blok

Scénario 2 : Pôles, paraterraformation et météorites

Une autre idée serait d’appliquer l’idée de paraterraformation (ou paraterraforming si on veut causer en anglais), que j’évoquais dans mon précédent article sur la terraformation.

L’idée est simple : plutôt que de terraformer (c’est-à-dire modifier durablement l’environnement planétaire pour qu’il corresponde à nos besoins), on se borne à enclore une parcelle de la surface planétaire. Bref, c’est un mot compliqué qui vise (notamment) l’idée selon laquelle on va vivre sous un dôme géant.

Ici, il s’agirait d’enclore un (relativement) petit cratère situé à proximité des Pôles. Cela permettrait d’adapter toute la surface à l’intérieur du cratère à nos besoins.

Je ne vais pas trop m’étendre sur cette idée-ci (même si je tiens à l’évoquer pour titiller la curiosité de mes lecteurs : peut-être qu’un de ces derniers, particulièrement stimulé par cette idée, saura en faire quelque chose !).

En effet, je perçois une grande faiblesse dans ce scénario : comment vivre sous un dôme sous pression lorsqu’il n’y a pas d’atmosphère à l’extérieur du dôme? Le différentiel de pression est énorme et la moindre faille dans le dôme impliquera une décompression explosive particulièrement douloureuse pour les malheureux habitants du dôme.

Cette faille, hélas, n’est pas improbable : à défaut d’atmosphère, la moindre micro-météorite pourrait faire de sérieux dégâts. J’évoquais dans mon article sur le Worldbuilding les dégâts que pouvaient faire un objet de la taille d’une pièce de monnaie lancée à des vitesses hyper-véloces. Je vous remet, ici, l’image permettant d’illustrer les dégâts.

monolithic_shield

Le gros bloc gris avec un trou énorme dedans, c’est un bloc d’aluminium d’une dizaine de centimètres d’épaisseur.

Le projectile, dans l’image ci-dessus, était une pièce de monnaie.

Imaginez le résultat avec une micro-météorite de la taille d’une balle de tennis.

Je vous épargne le détail des effets, sur le corps humain, d’une décompression explosive (et, si vous y survivez, du quasi-vide spatial et des températures extrêmes…).

Scénario 3 : la fraîcheur des Pôles, le confort du souterrain

Dans le chapitre 19.2 du livre Inner Solar System: Prospective, Energy and Material Resources (de Viorel Badescu et Kris Zacny), que l’on m’a aimablement prêté, on peut trouver des calculs (que je peux communiquer, si ça intéresse quelqu’un) relatifs à la température du sous-sol de Mercure.

Il ressort des diverses équations qu’à 0,65 mètres de profondeur, la température est plutôt stable et tourne autour de 300 degrés Kelvin, soit 26,85 degrés Celsius. Et ce, aux latitudes moyennes.

Aux pôles, la température de surface tourne aux environs de 120 degrés Celsius ; vous trouvez des zones d’ombres permanentes, mais aussi des endroits éclairés l’écrasante majorité du temps. La température en sous-sol, plutôt stable, devrait être inférieure à 26,85 degrés Celsius en moyenne. Cela pourrait être idéal pour une installation humaine permanente.

La colonie sera installée dans un des cratères que l’on trouve aux Pôles, par exemple Kadinsky ou Prokovief.

L’emplacement aura plusieurs avantages : une partie du cratère sera éclairée, l’autre sera à l’ombre : nous aurons donc une zone chaude et une zone froide, utile pour la gestion des températures. Nous y trouverons les lacs gelés et des dépôts énormes de glace, ce qui permettra d’apporter de l’eau, mais aussi du carburant (de l’hydrogène) et de l’oxygène.

Le choix de vivre en sous-sol permettra d’être protégé du vide (ou quasi-vide) de la surface, mais aussi des radiations : collectionner les tumeurs n’est pas un choix de vie menant à une vie longue et paisible.

L’énergie ne devrait pas être un problème : en plaçant des centrales solaires ou des panneaux solaires sur les abords du cratère, qui sont surélevés et exposés à constamment à la lumière du soleil, nous aurons en permanence un apport d’énergie. La chaleur thermique omniprésente, ainsi que la présence massive d’eau, permet d’imaginer que l’on pourra utiliser d’énormes turbines à vapeur pour produire de l’électricité.

L’agriculture sera possible grâce à l’apport en eau, à l’énergie abondante, mais aussi à la présence importante d’hydrocarbones riches en carbone (5,65 x 10^9 m³). Il est très loin d’être acquis, par contre, qu’il y ait de l’azote en quantité suffisante : ce sera un réel problème à surmonter.

Les cultures seront nécessairement souterraines afin d’éviter les variations de températures et les radiations ionisantes. En filtrant la lumière du soleil, peut-être renvoyée via un système de miroirs jusque dans les zones requises, on peut aboutir à contrôler de façon précise la luminosité. Les sections agricoles seront nécessairement aux niveaux supérieurs ; il y aura probablement des puits de lumière ou des toits transparents : des miroirs vont réfléchir la lumière du soleil (et suivre le soleil dans son mouvement dans le ciel) pour la réfléchir dans des miroirs paraboliques, qui serviront à filtrer la lumière ; des conduits de lumière permettra de diffuser la lumière du soleil dans les serres.

Lowline-nyc-underground-park-6sqft-14.jpg
Une « maquette » d’un parc souterrain, proposé par la Lowline Team : un parc souterrain de 83 mètres, éclairé par la lumière du soleil grâce à un système de miroirs et de conduits de lumière.
Lowline-nyc-underground-park-6sqft-16-1024x683.jpg
Source

Ajoutons à cela le développement d’OGM adaptés à la vie sur Mercure, des cultures à haut rendement pouvant tirer parti de l’ensoleillement quasi-permanent et très intense, et vous aurez résolu la question de la nourriture.

Vous aurez aussi participé à l’élaboration d’un cycle CO2/O2, trouvé un débouché à vos déchets organiques (vos excréments, quoi) et apporté une touche de verdure très utile pour la bonne tenue psychologique des colons.

L’industrie sur Mercure sera essentielle pour satisfaire les besoins locaux. Largement automatisée, elle devra être modulaire et adaptable afin de pouvoir fournir une très grande variété de produits. L’impression 3D sera sans doute importante, également, ne serait-ce que pour fournir des pièces de rechange précises pour les machines et systèmes employés (recycler, réparer, entretenir seront des parts essentiels de l’effort de colonisation, et il ne sera pas possible d’emporter depuis la Terre toute la variété des pièces de rechange pour chacune des machines employées : il faudra les créer sur place, en utilisant les ressources in-situ).

L’électronique, notamment les salles des serveurs et autres outils informatiques, seront nécessairement souterrains -les radiations ne sont pas les meilleures amies du matériel électronique-. On peut imaginer qu’une salle des serveurs puisse être bâtie sous la zone gelée, pour évacuer le surplus de chaleur.

Le commerce depuis Mercure aura trois avantages et un inconvénient.

D’abord, la localisation : Mercure est souvent plus proche de la Terre que Mars (cf les périodes synodiques évoquées plus haut), permettant d’optimiser le nombre de trajets entre les deux planètes.

Ensuite, Mercure dispose d’énormément d’énergie. En créant un dispositif de transmission d’énergie à très longue distance (lasers orbitaux), les habitants de Mercure pourront fournir l’énergie nécessaire à des colonies moins bien pourvues en énergie solaire du fait de leur localisation plus éloignée du Soleil (lunes joviennes, saturniennes…).

Enfin, la proximité du Soleil permet (du moins, je le pense : si des ingénieurs peuvent infirmer ou confirmer mon propos, je suis curieux de les lire) plus aisément le déploiement des voiles solaires ou de voiles électriques ou magnétiques.

Cette dernière idée me permet de souligner un détail qui me paraît important : les vaisseaux spatiaux pour les voyages interplanétaires différeront en fonction des trajets. Il est inutile de songer à développer et déployer une voile solaire pour un voyage entre Cérès et Neptune. La chose paraît envisageable pour un voyage entre Mercure et Vénus. De même, une voile magnétique n’aura guère d’intérêt aux alentours de Pluton, là où la chose pourrait être imaginable pour des voyages entre les lunes de Jupiter (cette dernière a une magnétosphère plutôt importante).

Malheureusement, il y a un prix à payer, très lourd : le prix « deltaV » : la proximité du Soleil, l’absence d’atmosphère (qui peut aider à décélérer), tout cela vient surenchérir le coût du voyage (que ce soit aller ou retour). Ce prix « deltaV » impliquera soit de privilégier des moyens de transport sans carburant (voiles solaires, encore), soit de choisir des trajectoires permettant de bénéficier de l’assistance gravitationnelle de telle ou telle planète -ce qui rallongera considérablement le voyage-.

De fait, le tourisme spatial est une chimère en ce qui concerne Mercure : personne n’acceptera de voyager pendant des mois, voire des années, avant d’atteindre la destination. Le temps de transit est trop grand pour que le tourisme spatial soit un créneau porteur.

L’architecture sera une architecture souterraine.

Au premier niveau, vous trouverez les processus industriels et les zones agricoles. Les secondes seront éclairées grâce à des puits de lumière. Le premier niveau devrait recevoir un peu plus de radiation, malgré un enfouissement sous deux mètres de régolithe/glace.

Le niveau inférieur rassemblera les lieux de vie. Le choix de cantonner les lieux de vie aux niveaux inférieurs permettra de protéger les colons des radiations, mais aussi d’ajouter un ou plusieurs sas entre la surface et les lieux de vie, permettant de diminuer les conséquences d’un problème technique, d’une fuite, ou autre qui pourrait intervenir à la surface ou au premier niveau.

Les puits de lumière occuperont une place essentielle, d’une part pour disposer de lumière naturelle, d’autre part pour qu’il y ait de la verdure. A mon sens, la vie souterraine de longue durée peut avoir des effets psychologiques dangereux : disposer d’un espace souterrain d’une certaine taille, avec de la verdure, de la vie, cela pourrait aider à lutter contre la claustrophobie et les angoisses des colons-.

Quand coloniser Mercure?

A mon sens, la colonisation de Mercure à une relativement grande échelle ne dépendra pas d’une quelconque soif de connaissance, ni de l’envie de créer une Arche de Noé. Je ne crois pas qu’il soit réaliste de considérer que des sommes affolantes seraient investis dans un but philanthropique ou purement scientifique.

Il paraît raisonnable de supposer que l’éventuelle colonisation de Mercure ne pourra qu’être postérieure à une installation humaine sur la Lune et sur Mars.

L’installation sur Mars va s’étendre petit à petit, avec un cheminement plus ou moins rapide en fonction de l’intérêt économique que représentera Mars. Le premier facteur pour accélérer la colonisation de Mercure sera donc l’intérêt que représentera Mars pour telle ou telle nation de la Terre ou pour telle ou telle entreprise. Si Mars devient une destination commerciale importante, Mercure et Vénus deviendront, de fait, des points de transit possibles -et des ports orbitaux seront bienvenus-.

L’installation sur la Lune, et l’exploitation de l’aluminium qui semble y être une ressource abondante, permettra de bâtir des infrastructures orbitales à moindre coût (il est moins coûteux d’envoyer des choses depuis la Lune que depuis la surface de la Terre). Ces infrastructures pourront être déplacées en orbite de Mercure, afin de servir de point de transit entre Mars et la Terre (n’oublions pas que Mars tourne autour du Soleil moins vite que la Terre, de sorte que les deux planètes peuvent se trouver à des points opposés sur leurs orbites respectives -et Mercure serait un point de passage recommandé-).

De cet ancrage orbital, on pourrait aboutir à une présence au sol pour subvenir aux besoins des ports en orbite. Cette présence au sol, justifiée par la nécessité, deviendra petit à petit un fait établi -et des gens vivront sur place non plus pour des raisons professionnelles mais parce que c’est là leur lieu de naissance, leur lieu de vie, et qu’ils n’ont jamais connu que ça-.

 Sources : pour aller plus loin

Une étude sur les ombres éternelles de Mercure

Le livre : Inner Solar System: Prospective Energy and Material Resources, par Viorel Badescu,Kris Zacny, éditions Springer.

Tough SF : Mercury

Universe Today : Mercury

12 réflexions sur “La colonisation de Mercure

    1. Merci beaucoup ! Ces spéculations ne sont pas liées à un projet scientifique en gestation ; les données « de base » (la présence d’eau, l’étendue et le poids que représentent cette dernière…) dépendent de données scientifiques. Le reste, c’est de la spéculation (y compris par des scientifiques).

      Pour Mars ou la Lune, on a des projets plus poussés et développés, par l’ESA, la NASA etc. Les articles seront, de ce fait, plus longs !

      Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! J’espère réussir à « boucler » ma série, en espérant qu’elle intéressera des gens (il faut admettre que je m’adresse à un public plutôt ciblé, on va dire).
      Quant au prix d’Inner Solar System, je dois avouer que malgré mon très grand enthousiasme pour ces sujets-là, j’ai préféré l’emprunter !

      Aimé par 1 personne

  1. Alterran

    Superbe article, bravo pour le travail que ça a dû nécessiter. Il y a beaucoup d’opportunités pour une planète qui semble particulièrement hostile de prime abord.
    J’ignorais pas mal de choses sur Mercure, merci d’avoir comblé mes lacunes. Je me suis fait la réflexion suivante : ton article ressemble presque à un début de synopsis SF, en tout cas ça me donne des idées pour écrire

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire !
      Mercure n’est pas la planète excitant le plus la curiosité : c’est l’opportunité d’en apprendre plus, bien que l’information soit plus rare.

      Pour la Lune ou Mars, je risque d’être confronté au problème inverse : l’excès de projets, d’informations…
      Quant à la source d’inspiration, c’est un but des articles : fournir des pistes, des idées, pour ceux qui voudraient tenter l’aventure de l’écriture !

      Aimé par 1 personne

  2. Ping : La Colonisation de Vénus – Journal d'un Curieux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s